espérance chrétienne

  • Structure de l’âme

    L’âme est alors l’ensemble formé par toute forme de conscience, à la fois collectif et individuel, sans distinction ni séparation entre ces deux aspects. La substance portant les consciences est un flux dynamique d’informations et non une entité statique et à la mort ces flux disparaissent avec le corps après s’être déversés dans l’inconscient individuel qui peut ainsi perdurer notamment en jouant le rôle de mémoire de cette âme individuelle, partie d’une mémoire universelle beaucoup plus vaste.

    Quant au subconscient, bien que Jung l’attribue clairement à l’âme comme étant la « partie obscure de l’âme »[1], influencée dans le mauvais sens par une lumière noire, ce qui n’est pas sans rappeler la saga des Star Wars et son « côté obscur de la force ». Il ferait partie de l’âme pendant la vie tout comme la conscience, et constituerait la matière première du processus d’individuation de l’être humain, de son alchimie. C’est conforme aux idées de Platon sur la lutte entre les pulsions et la raison.

    Ainsi l’âme est composée de la conscience ou égo des psychologues, du subconscient, de l’inconscient individuel et de l’inconscient collectif et enfin de l’inconscient spirituel guidé par l’esprit individualisé. C’est la psychologie analytique qui ajoute le concept du « Soi » en désignant en quelque sorte l’ensemble de ces couches de conscience regroupant le conscient et l’inconscient[2]. Il parait intéressant de souligner dans cette définition que c’est le Soi qui préfigure le Moi et non l’inverse.

    Ce qui tend à montrer que c’est bien l’âme qui imprime sa coloration, sa personnalité, dirait-on, à notre conscience et qui s’enrichit de celle-ci. La définition du « Soi » de Jung, complétée par les travaux de V.Franckl, représente la totalité de la personne humaine donc de l’âme, moteur de la transmutation, de l’individuation selon ses propres termes, symbolisée par la « pierre philosophale » issue du processus alchimique de purification et de réintégration de l’être humain, aboutissant au symbole d’Adam avant la chute et selon Jung au Christ lui-même[3].

    L’âme est donc la conscience totale de l’homme, conscience élargie à toutes formes d’inconscient, notamment individuel et collectif. Elle a un caractère double en ce sens qu’elle est individuelle et personnifiée, figurant ainsi la personnalité de l’être humain, mais elle est aussi une partie d’une âme collective, regroupant toutes les âmes individuelles, en quelque sorte l’âme du monde au sens de Platon, comme on le verra plus loin.

    Le schéma précédent résume la structure de l’âme ou conscience élargie telle que définie par la psychologie analytique et son positionnement par rapport à l’esprit et au corps ; mais il ne rend pas compte de la tradition cabaliste et de son interprétation de la Genèse.

    [1] CG Jung – Les racines de la conscience – La nature du psychisme

    [2] Voici ce qu’on peut en lire sur Wikipedia : Carl Gustav Jung utilise le mot Soi pour distinguer une personne au-delà de ce qu’elle en perçoit (cette perception étant le Moi). Ce concept du Soi est utilisé en psychologie et en psychanalyse avec des nuances d’acceptions en fonction des courants de pensée. C’est en particulier un des piliers de la psychologie analytique et de la psychologie sociale :

    « le Soi est la donnée existant a priori dont naît le Moi. Il préforme en quelque sorte le Moi … Le Soi est un concept limite qui regroupe en un même ensemble le conscient et l’inconscient : inconscient personnel et inconscient collectif. Il traduit l’expérience de la totalité, la capacité de représentation de la totalité, autant que le processus psychique qui va dans le sens d’une conscience englobant de plus en plus d’éléments inconscients.

    Le Soi intervient dans le processus d’individuation : il en est le moteur, l’organisateur et, dans une certaine mesure, le but… D’un point de vue topique, le Soi est un ensemble regroupant tous les constituants du psychisme. Il serait donc ainsi synonyme de l’âme. »

    [3] Jung et la croyance religieuse (1956/1957) : “Comme le Christ n’a jamais signifié pour moi plus que je pouvais comprendre de lui et que cette compréhension coïncide avec le savoir empirique que j’ai du Soi, je dois reconnaître que c’est le Soi que j’ai en tête lorsque je m’occupe de l’idée du Christ. Au demeurant, je n’ai pas d’autre accès au Christ que le Soi, et comme je ne connais rien qui soit au-delà du Soi, je m’en tiens à ce concept”.

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  • La création de la Femme

    Par ailleurs, comme le prétendent certaines lectures de la kabbale, comme celle de Charles Mopsik, la Genèse serait un récit allégorique du parcours de l’homme jusqu’à son incarnation dans le corps humain, à commencer par le deuxième chapitre qui décrirait la création d’une âme androgyne de l’homme. Cette âme serait ensuite séparée en deux demi-âmes sexuées, en parlant de la création de la femme à partir d’un « côté » de l’homme, et non de la côte.

    Cette séparation serait requise, pour pénétrer le monde de la matière et s’incarner dans un corps animal, symboliquement après la chute. Cette interprétation est séduisante, bien que l’existence d’une âme mère androgyne soit sujette à vérification. En effet, il n’est nulle part question, en dehors de la kabbale, d’un type d’âme qui pourrait être qualifiée de mère, comparée à des demi-âmes filles. Tout au plus, une trace de cette âme mère pourrait-elle être imaginée de manière éphémère dans le récit de la création de l’homme à partir du limon, qui devient alors « âme vivante », avant sa séparation entre homme et femme.

    Charles Mopsik, inspiré par les kabbalistes castillans du moyen âge, affirmait que l’unité humaine mais aussi l’unité avec Dieu sont désignées toutes deux par la « chair une » de la Genèse, car ayant une structure identique, provenant de la réunion de principes masculin et féminin[1]. Cette interprétation très concrète de la kabbale donne un sens au « mariage idéal » des époux et à l’Unité retrouvée qui pourrait correspondre à cette « chair une » comme le suggère cette lecture de la kabbale[2].

    Mais de quelle unité s’agit-il : l’unité avec une épouse ce qui est déjà beaucoup et permet d’être convaincu de trouver en elle l’âme-sœur justement pour reconstituer une âme unique, mais aussi l’unité avec un grand « U » représentant la conscience de la présence de Dieu, du « tout », du monde divin, peut-être l’union spirituelle dont parle saint Augustin, pour participer au monde de l’Esprit.

    C’est pourquoi, selon la lecture de la kabbale de C.Mopsik[3], les époux ayant été gratifiés d’un tel mariage idéal auraient mérité d’avoir des enfants remplis d’intelligence, tous nés pleins d’intelligence et de perfection « puisqu’ils sont nés d’un couple dont l’âme a vu sa plénitude et son unité reconstituées ici-bas ». Dans ce cas, il faut en déduire que la création des demi-âmes sœurs, requises pour s’incarner, se retrouver et se marier « idéalement » dans le monde sensible et intervenue symboliquement avant la chute, était prévue d’avance et que par conséquent la « descente » dans la matière était elle aussi planifiée.

    Cela n’élimine pas pour autant l’idée d’une chute, puisqu’elle était planifiée, mais plutôt celle du caractère accidentel[4] et répréhensible de celle-ci ; et par conséquent du caractère accidentel de la division de l’androgyne en homme et femme[5].

    [1] Charles Mopsik – Le sexe des âmes : Ici, le « un » de la « chair une » est considérée comme l’union de l’homme avec Dieu. Ce que l’on convient d’appeler « union mystique » est tenu comme le secret de l’union charnelle de l’homme et de la femme.

    [2] Charles Mopsik – Le sexe des âmes : L’union mystique, poussée jusqu’à son point le plus extrême, est appréhendée comme une union charnelle avec Dieu… d’une part digne de constituer l’expérience humaine la plus propre à donner un aperçu de l’expérience ultime de l’union avec Dieu, et d’autre part que l’adhésion à la divinité peut être effectivement éprouvée dans la sensibilité… à tel point qu’elle est vécue comme une union charnelle.

    [3] Charles Mopsik – David et Bethsabée.

    [4] C. Mopsik – David et Bethsabée : La division de l’androgyne primitif n’est pas le résultat d’une révolte contre la divinité et elle n’est pas la punition qui la sanctionne.

    [5] C. Mopsik – David et Bethsabée : Ce n’est pas une femme que l’homme épouse, mais sa femme, celle qui est déjà sa moitié depuis le commencement des temps (lisez : dès les six jours de la Genèse, comme dans le Talmud). La question du choix de l’épouse prend une forme plus dramatique quand il s’agit de rien de moins que d’assurer la plénitude et donc le salut de son âme ». « L’homme n’est pas seul ontologiquement, il procède d’un couple, et sa vocation est de reconstituer ce couple ». « Mais son passage en ce monde risque d’être pour lui une rude épreuve de solitude s’il ne s’efforce pas d’agir dans le but de provoquer l’union des aspects masculin et féminin de la réalité divine. »

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  • La création de l’Homme

    Le premier chapitre de la Genèse semble être relatif à la création des espèces, et non celle des corps matériels, comme le pensent également les deux éminents érudits que sont saint Augustin[1] pour la tradition chrétienne et Charles Mopsik[2] pour la tradition juive au travers de la kabbale. Il décrit ainsi la création des espèces végétales, animales et en particulier celle de l‘homme, ce que saint Thomas appelait la « forme substantielle » de l’espèce, unique pour tous les individus de l’espèce, dont on imagine qu’elle recèle déjà en puissance les instincts du végétal, qui font éclore toutes les plantes de la même espèce en même temps, et ceux de l’animal, qui donne aux abeilles la connaissance de la direction du soleil. Ce serait peut-être elle qui recèlera la mémoire collective de l’espèce, donc son inconscient collectif.

    Pour l’homme, comme pour les animaux dont la création est relatée dans ce même chapitre, l’espèce humaine, aurait été créé symboliquement au sixième jour. Saint Augustin affirme très nettement que l’homme créé à l’image de Dieu concerne en fait l’intelligence et la raison de l’homme dit « intérieur » et non son corps[3]. Son premier argument est que seul l’homme, parmi les animaux, se tient non pas debout mais droit. Il fait naturellement allusion à la création de l’homme avant la chute et aux pouvoirs ou puissances potentiels qui lui avaient été conférés[4] au niveau de la « forme ».

    Saint Augustin en veut pour preuve le sens allégorique qu’il attribue à la domination de l’homme sur les animaux, qui désigne selon lui la domination de la raison de l’homme sur les appétits de l’âme, communs avec les animaux[5]. Cette hypothèse semble se confirmer d’autant plus que nous ne sommes pas encore au deuxième chapitre où Dieu forma l’homme du limon de la terre et insuffla son souffle pour qu’il devienne une âme vivante ; moment où d’après Charles Mopsik on parle réellement d’âme et pas encore de corps comme l’expliquera le chapitre suivant.

    Alors à ce stade de la Genèse et dans ce cadre, que peuvent donc vouloir dire ces affirmations que « Dieu les créa mâle et femelle » et comme l’exprime saint Augustin « dans quel sens, charnel ou spirituel, doit être entendue cette bénédiction : Croissez et multipliez-vous, engendrez et remplissez la terre ».

    Par la première question de savoir ce que signifie que Dieu les créa « mâle et femelle » dans cet état bien avant la chute, faut-il comprendre une séparation de la population des corps ou des âmes humaines en deux sexes dès cet instant, comme certaines traductions le suggèrent par « Il créa l’homme et la femme » ; ou bien ce verset suggère-t-il plutôt un certain androgynat de l’homme[6] comme le suggère C.Mopsik, bien que celui-ci attribue cet androgynat à une âme origine de l’Homme alors que nous allons voir que cette caractéristique s’appliquerait plutôt à l’homme en tant qu’esprit et en tant que « forme », comme le laisse supposer le sens donné par saint Augustin à la domination de l’homme sur les animaux.

    [1] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVI) : c’est proprement par son âme que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

    [2] Charles Mopsik – le sexe des âmes : Les versets du deuxième chapitre de la Genèse [à fortiori du premier] … sont relus comme relatant les étapes du voyage de l’âme.

    [3] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVI) : s’il est dit que l’homme a été fait à l’image de Dieu, cela s’entend de l’homme intérieur, où est la raison et l’intelligence, qui assurent à l’homme la domination… ce n’est point à raison du corps que l’homme est dit avoir été créé à l’image de Dieu, mais à raison de cette puissance par laquelle il domine tous les animaux. Car toutes les bêtes ont été misés sous son empire, non à cause de la dignité du corps humain; mais à cause de l’intelligence que nous avons et qu’elles n’ont pas… tous les animaux ont une forme naturellement inclinée vers la terre et ne sont point droits comme celui de l’homme. Cette attitude signifie qu’à son tour notre esprit doit être élevé aux choses d’en haut qui font son objet propre, c’est-à-dire aux choses spirituelles et éternelles

    [4] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVIII) : Il faut ici leur répondre d’abord qu’ils se trompent considérablement, s’ils ne voient l’homme qu’après son péché, quand il a dû subir la condition mortelle de cette vie, et quand il est déchu de la perfection avec laquelle il fût créé à l’image de Dieu

    [5] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XX) : c’est avec vérité qu’on les entend d’une manière spirituelle, en ce sens que nous devons tenir dans la soumission, et dominer par la tempérance et la modestie tous les appétits et tous les mouvements de l’âme

    [6] Charles Mopsik – le sexe des âmes : Une âme humaine est donc substantiellement masculine et féminine à la fois …/… Il n’est d’âme et par conséquent d’être humain au sens plein, que mâle et femelle en même temps

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  • Essence de l’âme

    Saint Thomas d’Aquin a décomposé son raisonnement en différentes questions dont une des premières était de savoir si l’âme est une réalité corporelle. Aujourd’hui, la notion de corporéité a semble-t-il un sens beaucoup plus élargi qu’au temps de saint Thomas et la corporéité de l’âme ne fait plus de doutes, en témoigne justement le Littré qui la définit[1] comme tel. Nous dirions même que la notion de corporéité et celle de réalité se rejoignent si l’on se dégage un tant soit peu de la réalité sensible.

    On ne peut imaginer en effet qu’une entité puisse être « subsistante », comme précisé dans la Somme théologique, si elle n’a pas une quelconque réalité qualifiée de corporelle. Dans ce sens il semble que l’âme soit immatérielle et incorporelle au sens de matière sensible ; mais qu’elle ait une forme de corporéité dans une autre matière, intangible celle-là. Cette opinion est corroborée par la notion de subsistance définie par saint Thomas[2], à propos de laquelle il disait que l’âme ne pourrait subsister si elle n’était que l’acte d’un corps, le seul à subsister dans ce cas.

    Selon saint Augustin, le raisonnement Est par le fait même qu’il est « quelque part »[3] dans ce qui vit – ce qui rappelle les conclusions de Bergson sur la séparation entre le choix et l’organe du choix, entre la conscience et le corps. Il ne peut pas être s’il n’est pas dans ce qui vit. Autrement dit tout ce qui n’est pas vivant ne peut raisonner et il ne peut y avoir de raisonnement dans ce qui ne vit pas. Dans l’Argument de la sottise, il se demande si la vie peut exister sans âme. Aussi l’âme décline-t-elle lorsqu’elle s’éloigne de la vie[4].

    Au contraire la réponse aux pulsions n’est qu’éphémère car le corps meure et ses sensations avec lui, de même que les biens matériels acquis sur terre ne nous suivent pas après la mort. Saint Augustin disait que tout ce qui est animé vit, tandis que tout ce qui est inanimé et pouvant être animé est considéré comme mort[5]. Inversement, l’âme ne « vit » que lorsqu’elle agit dans le monde incarné. En dehors de la vie, cette âme n’a aucune activité, se contentant de conserver la mémoire de ses activités passées.

    Saint Augustin fournit une définition rationnelle de l’âme en sept degrés[6]. Le premier degré est commun avec les plantes et les animaux. Il régit les fonctions alimentaires de base comme la répartition des aliments dans le corps, les fonctions de reproduction qui font que toute espèce se reproduit à l’identique selon son espèce. Le deuxième degré est commun avec les animaux. Il comprend les sensations qui relèvent de nos cinq sens.

    Il provoque l’harmonie dans l’amour et est le siège de nos instincts de parents conduisant à faire des petits, à les élever et à les protéger. A ce degré un premier niveau de mémoire est utilisé comme force d’habitude liée à l’espèce pour perpétuer ses agissements. Le troisième degré est le premier degré spécifique à l’homme. Il est commun avec les ignorants et les méchants. C’est le lieu de tout ce qui est entrepris par l’homme en termes de métiers, tout ce qui n’est pas dû à une simple habitude héritée de l’espèce.

    [1] Littré – « Corporéité » (Bonnet, Ess. Psych. Introduction) : L’âme ne forme des idées spirituelles qu’à l’aide de mots qui en sont les signes, et ces mots prouvent la corporéité de ces idées

    [2] Question 75 – article 2 : L’âme est-elle une réalité subsistante ?

    [3] Saint Augustin – « Voilà exprimé le lien entre l’âme et le raisonnement d’une part et l’intelligence et la science de l’humanité d’autre part. »

    [4] Saint Augustin – « L’âme tournée vers la raison et s’y attachant a davantage d’être puisqu’elle s’attache à quelque chose d’immuable, la vérité qui est au plus haut point et au premier rang »

    [5] Saint Augustin – « Si l’âme mourrait lorsque la vie déserte le corps, on ferait mieux de penser que la vie, qui déserte le corps, Est l’âme même. En sorte que l’âme n’est plus ce qui est déserté par la vie mais la vie même ».

    [6] Saint Augustin – Les confessions – La dimension de l’âme.

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  • Immortalité de l’âme

    Si l’âme est faite de matière immuable, elle est donc immortelle par construction, pour employer une expression de mathématicien, n’appartenant pas au monde mortel, ou muable. Platon affirmait aussi dans le Timée que l’âme est immortelle, et que la durée moyenne de la vie de l’être humain a été voulue en rapport avec ses chances d’accomplir sa mission terrestre[1]. La formule utilisée par Platon fait référence à deux concepts : la révolution et le flux ou reflux. La révolution des âmes semble faire référence à un changement entre âme et corps, donc dans l’affectation de l’âme au corps. Platon croyait-il déjà à la réincarnation de l’âme, après tout, en parlant de révolution.

    La notion de flux quant à elle rappelle la théorie scientifique des microtubules, où la conscience est identifiée à un flux de condensats à travers les neurones. Cette formule conduit donc à imaginer l’âme comme une intelligence collective qui par ses innombrables tentacules d’âmes individuelles se nourrit par un flux perpétuel traversant les corps.

    Saint Augustin a consacré spécialement un ouvrage à ce sujet : L’immortalité de l’âme, dans lequel il confirme que lorsque nous raisonnons c’est notre âme qui raisonne. Le raisonnement est une discipline, sorte de logique utilisée pour raisonner[2], logée dans l’âme humaine, immuable comme les disciplines le sont. Le corps dit-il s’oppose à l’âme dans son désir d’avoir des pensées nobles. Il la freine par les pulsions qu’il lui transmet. Il ne l’aime pas, dans le sens qu’il contrarie sa vocation de se consacrer à la raison. Saint Augustin rappelle en cela la même définition que Platon sur le combat entre la raison et les pulsions[3].

    Selon saint Augustin, le raisonnement Est par le fait même qu’il est « quelque part »[4] dans ce qui vit, ce qui rappelle étrangement les conclusions de Bergson sur la séparation entre la conscience et le corps. Inversement, l’âme ne « fonctionne » que lorsqu’elle est incarnée dans une vie. En dehors de la vie, cette âme n’a aucune activité, se contentant de conserver la mémoire de ses activités incarnées.

    C’est la notion de mémoire de l’âme qui est ici suggérée : c’est-à-dire l’idée selon laquelle nos actions sont gravées dans cette mémoire, comme dans la philosophie bouddhiste du Karma qui enseigne que l’âme est immortelle et que la conscience se déverse à la mort dans ce qu’elle appelle les annales akashiques où toute la mémoire de l’humanité est conservée, ce qui correspond parfaitement à la notion d’inconscient collectif des psychologues analytiques.

    Mais cela ne prouve pas forcément la véracité de la réincarnation, ou métempsychose selon les interprétations, bien que celle-ci soit intimement liée à la notion de Karma. La notion d’immortalité de l’âme ne signifie pas non plus réincarnation dans des corps et dans des vies successives, au vu de ce qu’enseigne la doctrine catholique qui nous dit certes que l’âme est immortelle, mais suppose que sa mission est exécutée en une seule vie et qu’elle « attend » en quelque sorte le jugement dernier pour savoir si son comportement a été exemplaire.

    [1] Platon – Timée – « … puis de l’âme immortelle, ils enchaînèrent les révolutions dans ce corps en perpétuel flux et reflux. »

    [2] Saint Augustin – L’immortalité de l’âme – « Tout ce que sait l’âme, elle l’a en elle et la science n’embrasse rien qui n’appartienne à une discipline. »

    [3] Saint Augustin – L’immortalité de l’âme – « Comment le corps pourrait-il donc aimer l’âme dans son effort de saisie intellectuelle ? C’est assez s’il ne l’empêche pas… »

    [4] Saint Augustin – « Voilà exprimé le lien entre l’âme et le raisonnement d’une part et l’intelligence et la science de l’humanité d’autre part. »

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  • Fonction de l’âme

    Le Timée n’est certainement pas un simple poème tiré de l’imagination, car au vu des recoupements que l’on peut faire avec les autres récits, il est certainement la traduction d’enseignements précieux reçus par son auteur. En premier, Platon nous permet déjà de répondre à la question : « à quoi peut bien servir l’âme », par le symbolisme de l’« attelage ailé » de Socrate, qu’il nous a transmis pour décrire l’être humain[1]. Ce modèle platonicien montre à lui seul que l’homme est tiraillé entre le bien et le mal, qu’il y a quelque chose, en l’occurrence l’âme, qui doit garder le cap donc conduire la vie de l’homme, et que ce quelque chose agit entre le corps et l’esprit. Ce grand philosophe a appréhendé ce qu’est l’âme ; ce qui a l’immense avantage de fixer des bases de réflexion solides sur lesquelles appuyer de futurs raisonnements. De plus cet attelage est « ailé », ce qui laisse augurer que le cocher est quelque part entre le ciel et la terre.

    Maitriser les tentations du corps ne peut se faire qu’individuellement en chacun de nous en prenant nos propres décisions. L’âme est donc le siège de notre libre arbitre car elle décide, comme le cocher tire sur les rênes pour conduire ses chevaux, et constitue au fil de ses décisions notre personnalité, et c’est pour cela que l’on parle souvent d’une « âme personnalité ». Nous sommes maitres et conscients de nos décisions, l’âme contiendrait notre conscience, siège de nos décisions, et l’on peut donc la « toucher du doigt » car rien n’est plus près de nous que notre conscience. On peut alors se demander si l’âme ne serait pas la clef de voûte de notre condition humaine dans la mesure où c’est sur elle que repose la mission de l’humanité que Platon résume par « vaincre par la raison les pulsions qui sont en nous ».

    C’est en effet elle qui est chargée de faire la part entre le bien et le mal, de lutter contre les tentations de l’animalité. Chacun est tellement emprisonné dans son quotidien, occupé à résoudre ses problèmes, occupé à vivre tout simplement, c’est-à-dire à faire fonctionner son corps et ceux de sa famille, qu’il lui est difficile de penser qu’il peut exister une réalité toute autre, et qui plus est que cette réalité est primordiale à sa réalité quotidienne apparente. D’ailleurs, il faut bien reconnaitre que l’enfant met une vingtaine d’année à apprendre à vivre sur tous les plans et que ce qu’il apprend ne comprend malheureusement pas du tout ce type d’enseignement. C’est fort regrettable à priori mais peut-être est-ce voulu dans l’ordre des choses pour que puisse naitre ce combat entre la raison et les pulsions que résume Platon, afin que l’homme en sorte un jour vainqueur. Ce combat est donc proposé à l’homme donc à l’humanité toute entière. En conséquence on touche là un grand paradoxe : l’être humain a le destin de l’humanité entre ses mains et ne s’en rend pas compte.

    Mais alors, de quoi est constituée cette entité autonome. Serait-elle dotée d’une substance d’une autre texture, analogue à l’image de ce qu’on peut imaginer des fantômes, ou est-ce une simple « vue de l’esprit », comme on dit souvent vulgairement pour signifier qu’une pensée n’a pas de réalité tangible…

    Platon pensait déjà en son temps que l’homme est fait d’une âme de même substance que ce qu’il définit comme l’âme du monde ou encore âme universelle, créée en premier lors de la création du monde avant sa division en une multitude, mais selon lui de second ordre donc imparfaite. Son champ d’investigation est, dans ce sens, le plus vaste que l’on puisse imaginer puisqu’il va de la sensation de la matière jusqu’à celle de l’immensité de la création, par les intuitions en provenance de l’esprit.  Cela veut dire que l’homme est omniprésent dans la création, qu’il est « amphibie » au sens où il participe des deux mondes, sensible au monde visible et inspiré par les intuitions du monde invisible. Platon écrivait dans le Timée que cette âme est composée d’au moins trois composantes : celle permettant de raisonner, localisée dans la tête ; celle qui est origine des sentiments, localisée principalement dans la moelle épinière ; et celle qui est le siège de nos pulsions organiques, sexuelles, localisée dans l’abdomen.

    A l’époque de Platon on pensait que cette âme était localisée dans un organe, mais on sait maintenant par exemple que ce n’est pas le cas. Comme l’avait démontré en premier Bergson, le choix, attribut de l’âme, est différent de l’organe du choix, notamment le cerveau. C’est le choix qui est responsable de produire les pensées les plus nobles en faveur des plus défavorisés, d’être vertueux, et de se comporter en véritable chevalier protégeant les faibles et les opprimés.

    En rapprochant ce témoignage d’autres récits sur l’âme, il apparait que celle-ci doit disposer de nombreux points de contact avec tout le corps physique pour lui permettre de ressentir les choses, le froid, le chaud, etc…, d’apporter les sensations à la conscience pour lui permettre de répondre à ces sensations par des décisions. Ces points de contact font penser alors au système nerveux végétatif dont la fonction est justement de remonter les sensations apportées par nos organes. C’est probablement pourquoi les anciens parlaient de l’âme végétative formée par tout ce système nerveux dont on sait maintenant qu’il a pour fonction de transporter des informations qui contribuent elles-mêmes la conscience. A ce stade il est intéressant de distinguer la « sensation » de la « perception », ou encore l’« information » du domaine de l’âme, et le « support » utilisé pour transporter cette information, qui à priori appartient au corps. Notamment, la sensation de toucher, qui est l’information reçue par notre cerveau, passe par des couches d’organes bien connus de la médecine : la peau, les nerfs, les neurones qui sont des organes physiques.  

    Ces propos vieux de deux mille cinq cent ans sont maintenant confirmés par les récentes découvertes de scientifiques au sujet des « microtubules » communes à la conscience individuelle, donc l’âme, et à une certaine « substance » contenue dans l’univers, que l’on est tenté de comparer à une conscience universelle, donc en quelque sorte à l’âme du monde de Platon. Comme l’ont montré ces scientifiques, les condensats contenus dans les microtubules et traversant nos neurones se fondent dans une même substance dans l’univers, lors d’une perte de conscience occasionnée par le sommeil, le coma, une anesthésie, une expérience de mort imminente (Near Death Experience ou NDE) ou la mort. La conscience, constituée de cette substance, commune à l’univers, a donc un caractère immuable dépassant le cadre de notre matière muable terrestre et serait ainsi cette âme universelle, ou âme du monde dont parlait Platon.

    [1] Platon – Timée – « Le mythe de l’attelage ailé représente la triple partition de l’homme comprenant : le cocher (l’âme) qui dirige l’attelage composé d’un bon cheval (l’esprit) et d’un mauvais cheval (le corps). »

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  • L’inconscient spirituel

    Certains ont attribué à Jung la découverte d’un inconscient dit spirituel, supposant par ce qualificatif nouveau qu’il se distinguerait de l’inconscient collectif. Mais c’est en fait Victor Frankl qui approfondit cette notion d’inconscient spirituel et qui démontra surtout qu’il ne faisait pas partie de l’inconscient collectif comme l’avait imaginé Jung, mais en était complètement dissocié[1]. Il attribue notamment à ce « niveau de conscience » les facultés et qualités de l’être humain en matière artistique, esthétique, éthique et religieux qui à l’évidence le distingue de l’animal.

    Il constate l’autonomie de l’existence spirituelle, qu’il rapproche des vertus, liée à la notion de responsabilité caractéristique elle aussi de l’être humain par rapport au règne animal. L’homme est distingué par son individualité, par opposition à l’animal qui est collectif, et ce qui le caractérise est en effet d’être responsable, donc d’avoir à prendre des décisions, alors que l’animal n’agit qu’en fonction d’une conscience collective quasi automatique héritée de l’espèce. L’analyse existentielle de V.Frankl met ainsi à l’honneur le terme « existence » pour désigner ce mode d’être que constitue le fait d’être responsable[2].

    L’inconscient spirituel pour V.Frankl se distingue et s’oppose à l’inconscient pulsionnel, donc au subconscient stigmatisé par Freud. C’est être spécifiquement et essentiellement un être humain que de ne pas être déterminé par ses pulsions, mais au contraire « de décider ce que l’on choisira d’être », en fonction des vertus qui s’opposent fondamentalement aux pulsions. En plus d’être responsable, V.Frankl définit l’homme comme étant individué, représenté par une personne psychosomatique et un être spirituel[3].

    Il distingue ainsi le psychisme – tel qu’il le définit et le qualifie comme factice bien que centre du choix – de cet être spirituel qui anime et nourrit le sens de la responsabilité au travers de l’inconscient spirituel. Ainsi, à l’opposé de l’homme, l’animal réagit selon des schémas rigides fixés une fois pour toutes pour tous les individus de l’espèce.

    En constatant que la raison ne peut à elle seule reconnaitre un certain « devoir d’être » individuel se situant au-delà des lois, il lui oppose l’intuition, notamment celle de la conscience morale[4], faisant partie intégrante de cet inconscient spirituel. Il situe aussi dans ce domaine de conscience l’amour et la religiosité, tous deux amenés et suggérés par une autre forme d’intuition, tous deux protégés par la pudeur, dit-il, au plus profond de nous-même[5].

    Cette pudeur est plus forte que cette autre pudeur bien connue relative à notre condition animale touchant à la nudité et au sexe, en témoigne la grande difficulté à prier en commun entre des époux partageant pourtant la même spiritualité. Cette pudeur liée à la religiosité serait-elle une conséquence d’une honte associée à notre condition humaine, symbolisée par la « chute », et stigmatisée par la condition animale et la perte d’une relation privilégiée avec la création, que d’aucuns appellent le paradis perdu.

    V.Frankl définit cet inconscient spirituel comme la religiosité inconsciente, la relation inconsciente et cachée avec un être spirituel que nous appellerons esprit, lui-même caché. Il insiste sur le fait qu’en aucun cas l’inconscient, qu’il soit spirituel ou pulsionnel, ne doit être confondu avec la divinité. Il évacue ainsi les théories erronées type gnosticisme prétendant que Dieu réside en chaque être humain, émises dit-il par des théologiens amateurs.

    Par voie de conséquence il fustige les théories, qu’il attribue à l’occultisme, prétendant que cet inconscient est omniscient. Pour Frankl, cet inconscient spirituel existe indépendamment, du fait même qu’il est matérialisé par des rêves religieux fait par des individus foncièrement irréligieux.

    [1] Michel De Boucaud – Les courants psychopathologiques et psychiatriques – 1975 : V. Frankl développe à partir de son expérience les modalités de l’inconscient spirituel : l’inconscient esthétique, l’inconscient éthique et l’inconscient religieux.

    [2] V.Frankl – Le Dieu inconscient – L’analyse existentielle

    [3] V.Frankl – Le Dieu inconscient – L’inconscient spirituel : la personne A une structure psychosomatique, tandis qu’elle EST un être spirituel.

    [4] V.Frankl – Le Dieu inconscient – Analyse existentielle de la conscience morale

    [5] V.Frankl – Le Dieu inconscient – Analyse existentielle et interprétation des rêves

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  • L’inconscient collectif

    Après avoir démontré l’indépendance de la conscience et du corps, Bergson s’intéressa aux liens pouvant exister entre l’ensemble des consciences individuelles, attachées aux corps, de l’ensemble des êtres humains. Introduisait-il par cette réflexion l’idée que toutes les consciences individuelles pouvaient être solidaires autour ou au sein d’un même ensemble. Dans ce sens, la psychologie analytique a permis d’identifier un inconscient collectif au sein duquel sont comme archivés des schémas de pensée. C’est Jung qui explora plus spécifiquement cet inconscient collectif qu’il définissait comme des archétypes[1].

    L’archétype est lié à la notion d’espèce[2] affirma-t-il, ce qui expliquerait notamment que les animaux ont tous des réflexes propres à leur espèce qui proviennent de l’inconscient collectif de leur espèce : l’oiseau sait voler instinctivement et les protozoaires savent acquérir de la nourriture pour vivre. La conscience hérite selon lui, sous forme d’images virtuelles, de « toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale[3] ». Pour ce qui est de l’homme, un des archétypes très présent à l’esprit est le Christ et il est intéressant de noter les propos de Jung qui tendent à montrer qu’au-delà des aspects historiques de la vie de l’homme Jésus, contestables par un non croyant car sans réelle preuve évidente, au-delà de ses aspects symboliques, dogmatiques et religieux encore plus contestables, le Christ fait indéniablement partie intégrante de l’archétype humain, donc de l’inconscient collectif et par-là de la conscience[4] élargie du Soi.

    Cette thèse accréditerait l’hypothèse selon laquelle certaines visions surnaturelles comme celles du Christ seraient issues de quelque chose de vrai – bien qu’elles apparaissent comme un évènement extérieur – auquel ont potentiellement accès de l’intérieur tous les êtres humains de par le fait même qu’ils appartiennent à l’espèce humaine et que le Christ existe bien réellement en tant qu’archétype au sein de l’inconscient collectif de l’espèce. Ceci est dû probablement au fait que le concept ou symbole du Christ a appartenu à notre espèce en tant qu’être humain et que son histoire a fait le tour du monde. Dans le même ordre d’idées, les dieux grecs anciens sont à mettre au même rayon des archétypes, appartenant à l’inconscient collectif et non pas à considérer comme des dieux, voire même des demi-dieux qui viendraient contredire la pensée monothéiste.

    Ainsi les rêves sont, comme dit Jung[5], « des portes ouvertes sur la nuit originelle cosmique, où l’être humain était un tout et que le Tout était en lui au sein de la nature indifférenciée et impersonnalisée, qui préformait l’âme bien avant l’existence de la conscience ». Cette nuit originelle correspondrait à cet inconscient collectif, à cette « materia prima » ou peut-être aux eaux de la Genèse. Le caractère étrange et impressionnant de certains rêves rend compréhensible l’idée qu’ils soient inspirés. Bien que n’ayant pas conscience de quelle source ils proviennent, il nous faut admettre cependant l’existence de centre psychiques indépendants, échappant au contrôle de notre conscience, apparaissant et disparaissant selon leurs propres lois[6].

    Dans son livre : Les racines de la conscience, Jung définit ce qu’il appelle le corps intérieur comme réceptacle de la lumière, objet du chapitre suivant, en affirmant que tous ces corps intérieurs ne sont « qu’un seul corps et une seule chose dans tous les hommes ». Ce corps intérieur ne désignerait-il pas sous un autre mot l’inconscient, à la fois collectif car « un » selon lui, et individuel car « cependant divisé et distribué, selon le nombre bien ordonné du corps ».

    [1] C.G. Jung – L’âme et la vie : « De fait l’inconscient recèle des possibilités qui sont inaccessibles au conscient ; car il dispose de tous les contenus psychiques subliminaux, de tout ce qui a été oublié ou négligé, et en outre de la sagesse conférée par l’expérience d’innombrables millénaires, sagesse déposée et confiée à des structures archétypes. […] la découverte de ces images archétypes conduit à distinguer deux couches dans l’inconscient, un inconscient personnel et un inconscient impersonnel ou supra-individuel. Nous désignons ce dernier par inconscient collectif»

    [2] C.G. Jung – L’âme et la vie : Chaque vie individuelle incarne en même temps la vie de l’éternité de l’espèce

    [3] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient

    [4] C.G. Jung – L’âme et la vie : A travers la vie révélée du Christ, s’exprime… la vie secrète et inconsciente de chacun, autrement dit, tout ce qui survient dans la vie du Christ se produit toujours et partout.

    [5] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

    [6] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

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  • L’inconscient individuel

    L’inconscient individuel correspond à l’idée la plus communément répandue que l’on se fait de la psyché en attribuant à celle-ci un caractère mystérieux, non palpable, dans lequel ranger tout ce qui n’est pas démontrable, comme l’idée d’une poubelle dans laquelle refouler tout ce que l’on ne veut pas garder présent à notre conscience. Mais l’inconscient n’est pas seulement un lieu de refoulement ou de stockage d’éléments de la vie personnelle – il peut aussi être source d’inspirations ou d’intuitions pour la conscience – il contient des éléments qui appartiennent au passé de l’individu et qui font partie intégrante de sa personnalité [1]. Jung a défini un inconscient individuel par opposition à un inconscient collectif qui sera examiné au chapitre suivant. Parmi les matériaux inconscients, tout ce qui est attaché à l’individu et qui ne relève pas du subconscient peut être classé dans l’inconscient individuel. Prenons par exemple le refoulement de pensées, de problèmes ou soucis non résolus, la mémorisation d’actes oubliés qui peuvent resurgir plus tard à la faveur d’une sensation comme une odeur, un bruit ou une situation caractéristique. Mais aussi les rêves qui rapportent des personnages, des souvenirs ou des préoccupations personnelles, bien que parallèlement un caractère plus collectif puisse aussi être attribué aux rêves.

    Les expériences de Jung lui ont permis de définir un inconscient personnel de polarité différente entre l’anima de l’homme et l’animus de la femme. Cet inconscient différent imprime une façon différente de penser, d’agir et de réagir. Il qualifie alors de féminin l’inconscient de l’homme et de masculin celui de la femme ; expliquant ainsi que l’homme cherche à conquérir la femme qui correspond le mieux à son inconscient personnel.

    Cette féminité de l’homme explique selon Jung que l’ensemble complexe que l’on nomme âme soit de genre féminin, comme si tout était fait, rapporté et référencé en fonction du genre masculin, par un réflexe tout aussi moyenâgeux que de penser que les femmes n’avaient pas d’âme. Sans en fournir la preuve, Jung pense que dans cet inconscient personnel, loin des sédiments collectifs, peuvent exister des souvenirs individuels hérités constituant finalement cette image de la femme avec laquelle l’homme appréhende l’essence féminine. Par exemple, dans le domaine sexuel, Jung remarque comme une constante la confusion entre Eros et sexualité[2] dont l’homme est souvent victime.

    Par ailleurs, Jung a constaté que l’inclination de la femme à se laisser envahir par des suppositions ou opinions[3], est souvent irritante pour l’homme[4] et peut mener à une incompréhension.  Si l’on avait appris à l’école les fondements de la psychologie, bien des soucis de couple seraient éliminés par une meilleure compréhension des sexes, de la fonction et de la place de chacun dans le couple. On oublie trop souvent que les soucis et ensuite les névroses qui en découlent proviennent souvent d’un désaccord avec soi-même[5].

    Un schéma de Jung illustre assez bien les différentes couches de conscience et d’inconscient. Il a l’avantage de distinguer d’une part la dimension individuelle et collective, et d’autre part les différences liées aux sexes. On y distingue très nettement le moi ou égo comme faisant partie de la conscience, l’inconscient individuel distinct selon le sexe et les archétypes, principes de l’inconscient collectif.

    [1] CG Jung – Dialectique du moi et de l’inconscient – il est impossible d’expliquer par le seul mécanisme du refoulement pourquoi tous ces éléments restent au-dessous du seuil du conscient

    [2] CG Jung – L’âme et la vie – La plupart des hommes sont aveugles au point de vue érotique, parce qu’ils commettent l’impardonnable méprise de confondre l’Eros avec la sexualité. L’homme s’imagine posséder une femme lorsqu’il la possède sexuellement. Or, il n’est pas de moment où il la possède moins. Car, pour la femme la relation érotique seule importe. Le mariage est pour elle une relation à laquelle s’ajoute la sexualité.

    [3] CG Jung – L’âme et la vie – Les suppositions et les opinions inconscientes sont les plus grandes ennemies de la nature féminine, parfois véritable passion démoniaque qui irrite les hommes, les indispose et cause aux femmes le très grand dommage d’étouffer peu à peu le charme de leur propre nature et de les rejeter à l’arrière-plan. Une évolution de ce genre conduit finalement à un profond désaccord avec soi-même, autrement dit à la névrose…/…La vrai raison de leur névrose est qu’elles sont incapables de comprendre la tâche culturelle qui leur revient.

    [4] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient – Les opinions toutes faites de l’animus, donc de la femme, ont quelque chose de suprêmement irritant pour l’homme, surtout à cause de leur manque de fondement… Une discussion, claire en soi, se verra compliquée par l’adjonction de nouveaux points de vue qui, à l’occasion, n’ont rien à faire avec la discussion en cours

    [5] CG Jung – L’âme et la vie – Ce désaccord avec soi-même provoque du mécontentement et comme on n’a nullement conscience de l’état dans lequel on se trouve, on en projette généralement les causes sur son conjoint.

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  • Le subconscient

    La première couche d’inconscient, en ce sens qu’elle échappe à notre conscience, est le subconscient. Contrairement à certaines anciennes idées reçues, malheureusement toujours d’actualité, le subconscient n’est pas cette super conscience qui nous transcende et qui joue un rôle d’arbitre ou de pilote. Ces idées étaient peut-être héritées à l’origine des travaux de Freud qui marquaient le début de l’exploration de l’inconscient, donnant implicitement une place prépondérante à cet inconscient « freudien ». Le préfixe « sub » devrait maintenant suffire à caractériser ce niveau de conscience comme étant « en dessous » ou « au bas » en quelque sorte du reste de la conscience.

    C’est le lieu de la perception sensorielle des stimuli élémentaires du monde qui nous entourent, qui utilise notamment le système nerveux pour amener à notre conscience les informations de base de l’environnement extérieur, remontées par nos organes sensoriels, afin que celle-ci prenne les bonnes décisions d’adaptation et d’action en réaction à ces stimuli. C’est la source de l’ensemble des sensations provenant de notre corps comme la douleur, la faim, la soif ou la libido au sens Freudien du terme – Jung désignant par libido l’ensemble des sensations – et des ordres donnés aux fonctions automatiques que sont la respiration, la digestion ou encore les fonctions assurant une immunité de base aux agressions microbiennes.

    En fait, tout ce qui fait vivre notre corps et qui le maintient en bonne santé. Le subconscient est présent dans toute créature animale sous une forme commune dépendante de l’espèce. Comme le rappelait Jung[1], l’instinct de la fourmi moissonneuse lui dicte de couper, de transporter et stocker les éléments végétaux nécessaires à sa survie. Celui-ci est inné, la fourmi ne l’apprend pas à l’école des fourmis mais le reçoit avant toute activité.

    Ainsi, de multiples formes de subconscience depuis le protozoaire jusqu’à l’homme regroupent les fonctions automatiques communes telles que la digestion, la respiration et la reproduction. Parmi les niveaux inconscients, le subconscient correspond donc à nos fonctions automatiques de base comme la respiration, l’alimentation ou encore l’instinct sexuel, et n’est donc pas apparemment une source de différenciation entre l’homme et l’animal. Au contraire cet aspect est bien à priori le lieu commun entre les hommes et les animaux, qui partagent à l’évidence cette forme de conscience automatique plus ou moins élaborée.

    En tant que lieu de coordination de ces fonctions automatiques, le subconscient est notamment le lieu de production des sensations et par conséquent de ce qu’on identifie comme les pulsions. En reprenant l’illustration précédente de l’amputation du membre, la sensation de présence du membre amputé est une fonction de base autonome qui ne résulte pas d’un choix ou d’une décision de notre part.

    Cette forme de conscience qui produit la sensation est automatique et peut être assimilée au subconscient. Le membre n’étant plus là, cet exemple est une illustration concrète de la différence que l’on doit faire entre le membre disparu, donc le corps, et la conscience du membre qui elle est toujours présente. La vraie question qui se pose à travers cet exemple est de savoir si ce subconscient fait partie de la psyché ou non : est-il lié au cycle de vie du corps ou au cycle de vie de la conscience, séparée du corps comme nous l’avons vu précédemment.


    [1] C.G. Jung : Les racines de la conscience – Pattern of behavior et archetype

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