comment lire la Bible

  • Structure de l’âme

    L’âme est alors l’ensemble formé par toute forme de conscience, à la fois collectif et individuel, sans distinction ni séparation entre ces deux aspects. La substance portant les consciences est un flux dynamique d’informations et non une entité statique et à la mort ces flux disparaissent avec le corps après s’être déversés dans l’inconscient individuel qui peut ainsi perdurer notamment en jouant le rôle de mémoire de cette âme individuelle, partie d’une mémoire universelle beaucoup plus vaste.

    Quant au subconscient, bien que Jung l’attribue clairement à l’âme comme étant la « partie obscure de l’âme »[1], influencée dans le mauvais sens par une lumière noire, ce qui n’est pas sans rappeler la saga des Star Wars et son « côté obscur de la force ». Il ferait partie de l’âme pendant la vie tout comme la conscience, et constituerait la matière première du processus d’individuation de l’être humain, de son alchimie. C’est conforme aux idées de Platon sur la lutte entre les pulsions et la raison.

    Ainsi l’âme est composée de la conscience ou égo des psychologues, du subconscient, de l’inconscient individuel et de l’inconscient collectif et enfin de l’inconscient spirituel guidé par l’esprit individualisé. C’est la psychologie analytique qui ajoute le concept du « Soi » en désignant en quelque sorte l’ensemble de ces couches de conscience regroupant le conscient et l’inconscient[2]. Il parait intéressant de souligner dans cette définition que c’est le Soi qui préfigure le Moi et non l’inverse.

    Ce qui tend à montrer que c’est bien l’âme qui imprime sa coloration, sa personnalité, dirait-on, à notre conscience et qui s’enrichit de celle-ci. La définition du « Soi » de Jung, complétée par les travaux de V.Franckl, représente la totalité de la personne humaine donc de l’âme, moteur de la transmutation, de l’individuation selon ses propres termes, symbolisée par la « pierre philosophale » issue du processus alchimique de purification et de réintégration de l’être humain, aboutissant au symbole d’Adam avant la chute et selon Jung au Christ lui-même[3].

    L’âme est donc la conscience totale de l’homme, conscience élargie à toutes formes d’inconscient, notamment individuel et collectif. Elle a un caractère double en ce sens qu’elle est individuelle et personnifiée, figurant ainsi la personnalité de l’être humain, mais elle est aussi une partie d’une âme collective, regroupant toutes les âmes individuelles, en quelque sorte l’âme du monde au sens de Platon, comme on le verra plus loin.

    Le schéma précédent résume la structure de l’âme ou conscience élargie telle que définie par la psychologie analytique et son positionnement par rapport à l’esprit et au corps ; mais il ne rend pas compte de la tradition cabaliste et de son interprétation de la Genèse.

    [1] CG Jung – Les racines de la conscience – La nature du psychisme

    [2] Voici ce qu’on peut en lire sur Wikipedia : Carl Gustav Jung utilise le mot Soi pour distinguer une personne au-delà de ce qu’elle en perçoit (cette perception étant le Moi). Ce concept du Soi est utilisé en psychologie et en psychanalyse avec des nuances d’acceptions en fonction des courants de pensée. C’est en particulier un des piliers de la psychologie analytique et de la psychologie sociale :

    « le Soi est la donnée existant a priori dont naît le Moi. Il préforme en quelque sorte le Moi … Le Soi est un concept limite qui regroupe en un même ensemble le conscient et l’inconscient : inconscient personnel et inconscient collectif. Il traduit l’expérience de la totalité, la capacité de représentation de la totalité, autant que le processus psychique qui va dans le sens d’une conscience englobant de plus en plus d’éléments inconscients.

    Le Soi intervient dans le processus d’individuation : il en est le moteur, l’organisateur et, dans une certaine mesure, le but… D’un point de vue topique, le Soi est un ensemble regroupant tous les constituants du psychisme. Il serait donc ainsi synonyme de l’âme. »

    [3] Jung et la croyance religieuse (1956/1957) : “Comme le Christ n’a jamais signifié pour moi plus que je pouvais comprendre de lui et que cette compréhension coïncide avec le savoir empirique que j’ai du Soi, je dois reconnaître que c’est le Soi que j’ai en tête lorsque je m’occupe de l’idée du Christ. Au demeurant, je n’ai pas d’autre accès au Christ que le Soi, et comme je ne connais rien qui soit au-delà du Soi, je m’en tiens à ce concept”.

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  • La création de la Femme

    Par ailleurs, comme le prétendent certaines lectures de la kabbale, comme celle de Charles Mopsik, la Genèse serait un récit allégorique du parcours de l’homme jusqu’à son incarnation dans le corps humain, à commencer par le deuxième chapitre qui décrirait la création d’une âme androgyne de l’homme. Cette âme serait ensuite séparée en deux demi-âmes sexuées, en parlant de la création de la femme à partir d’un « côté » de l’homme, et non de la côte.

    Cette séparation serait requise, pour pénétrer le monde de la matière et s’incarner dans un corps animal, symboliquement après la chute. Cette interprétation est séduisante, bien que l’existence d’une âme mère androgyne soit sujette à vérification. En effet, il n’est nulle part question, en dehors de la kabbale, d’un type d’âme qui pourrait être qualifiée de mère, comparée à des demi-âmes filles. Tout au plus, une trace de cette âme mère pourrait-elle être imaginée de manière éphémère dans le récit de la création de l’homme à partir du limon, qui devient alors « âme vivante », avant sa séparation entre homme et femme.

    Charles Mopsik, inspiré par les kabbalistes castillans du moyen âge, affirmait que l’unité humaine mais aussi l’unité avec Dieu sont désignées toutes deux par la « chair une » de la Genèse, car ayant une structure identique, provenant de la réunion de principes masculin et féminin[1]. Cette interprétation très concrète de la kabbale donne un sens au « mariage idéal » des époux et à l’Unité retrouvée qui pourrait correspondre à cette « chair une » comme le suggère cette lecture de la kabbale[2].

    Mais de quelle unité s’agit-il : l’unité avec une épouse ce qui est déjà beaucoup et permet d’être convaincu de trouver en elle l’âme-sœur justement pour reconstituer une âme unique, mais aussi l’unité avec un grand « U » représentant la conscience de la présence de Dieu, du « tout », du monde divin, peut-être l’union spirituelle dont parle saint Augustin, pour participer au monde de l’Esprit.

    C’est pourquoi, selon la lecture de la kabbale de C.Mopsik[3], les époux ayant été gratifiés d’un tel mariage idéal auraient mérité d’avoir des enfants remplis d’intelligence, tous nés pleins d’intelligence et de perfection « puisqu’ils sont nés d’un couple dont l’âme a vu sa plénitude et son unité reconstituées ici-bas ». Dans ce cas, il faut en déduire que la création des demi-âmes sœurs, requises pour s’incarner, se retrouver et se marier « idéalement » dans le monde sensible et intervenue symboliquement avant la chute, était prévue d’avance et que par conséquent la « descente » dans la matière était elle aussi planifiée.

    Cela n’élimine pas pour autant l’idée d’une chute, puisqu’elle était planifiée, mais plutôt celle du caractère accidentel[4] et répréhensible de celle-ci ; et par conséquent du caractère accidentel de la division de l’androgyne en homme et femme[5].

    [1] Charles Mopsik – Le sexe des âmes : Ici, le « un » de la « chair une » est considérée comme l’union de l’homme avec Dieu. Ce que l’on convient d’appeler « union mystique » est tenu comme le secret de l’union charnelle de l’homme et de la femme.

    [2] Charles Mopsik – Le sexe des âmes : L’union mystique, poussée jusqu’à son point le plus extrême, est appréhendée comme une union charnelle avec Dieu… d’une part digne de constituer l’expérience humaine la plus propre à donner un aperçu de l’expérience ultime de l’union avec Dieu, et d’autre part que l’adhésion à la divinité peut être effectivement éprouvée dans la sensibilité… à tel point qu’elle est vécue comme une union charnelle.

    [3] Charles Mopsik – David et Bethsabée.

    [4] C. Mopsik – David et Bethsabée : La division de l’androgyne primitif n’est pas le résultat d’une révolte contre la divinité et elle n’est pas la punition qui la sanctionne.

    [5] C. Mopsik – David et Bethsabée : Ce n’est pas une femme que l’homme épouse, mais sa femme, celle qui est déjà sa moitié depuis le commencement des temps (lisez : dès les six jours de la Genèse, comme dans le Talmud). La question du choix de l’épouse prend une forme plus dramatique quand il s’agit de rien de moins que d’assurer la plénitude et donc le salut de son âme ». « L’homme n’est pas seul ontologiquement, il procède d’un couple, et sa vocation est de reconstituer ce couple ». « Mais son passage en ce monde risque d’être pour lui une rude épreuve de solitude s’il ne s’efforce pas d’agir dans le but de provoquer l’union des aspects masculin et féminin de la réalité divine. »

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  • La création de l’Homme

    Le premier chapitre de la Genèse semble être relatif à la création des espèces, et non celle des corps matériels, comme le pensent également les deux éminents érudits que sont saint Augustin[1] pour la tradition chrétienne et Charles Mopsik[2] pour la tradition juive au travers de la kabbale. Il décrit ainsi la création des espèces végétales, animales et en particulier celle de l‘homme, ce que saint Thomas appelait la « forme substantielle » de l’espèce, unique pour tous les individus de l’espèce, dont on imagine qu’elle recèle déjà en puissance les instincts du végétal, qui font éclore toutes les plantes de la même espèce en même temps, et ceux de l’animal, qui donne aux abeilles la connaissance de la direction du soleil. Ce serait peut-être elle qui recèlera la mémoire collective de l’espèce, donc son inconscient collectif.

    Pour l’homme, comme pour les animaux dont la création est relatée dans ce même chapitre, l’espèce humaine, aurait été créé symboliquement au sixième jour. Saint Augustin affirme très nettement que l’homme créé à l’image de Dieu concerne en fait l’intelligence et la raison de l’homme dit « intérieur » et non son corps[3]. Son premier argument est que seul l’homme, parmi les animaux, se tient non pas debout mais droit. Il fait naturellement allusion à la création de l’homme avant la chute et aux pouvoirs ou puissances potentiels qui lui avaient été conférés[4] au niveau de la « forme ».

    Saint Augustin en veut pour preuve le sens allégorique qu’il attribue à la domination de l’homme sur les animaux, qui désigne selon lui la domination de la raison de l’homme sur les appétits de l’âme, communs avec les animaux[5]. Cette hypothèse semble se confirmer d’autant plus que nous ne sommes pas encore au deuxième chapitre où Dieu forma l’homme du limon de la terre et insuffla son souffle pour qu’il devienne une âme vivante ; moment où d’après Charles Mopsik on parle réellement d’âme et pas encore de corps comme l’expliquera le chapitre suivant.

    Alors à ce stade de la Genèse et dans ce cadre, que peuvent donc vouloir dire ces affirmations que « Dieu les créa mâle et femelle » et comme l’exprime saint Augustin « dans quel sens, charnel ou spirituel, doit être entendue cette bénédiction : Croissez et multipliez-vous, engendrez et remplissez la terre ».

    Par la première question de savoir ce que signifie que Dieu les créa « mâle et femelle » dans cet état bien avant la chute, faut-il comprendre une séparation de la population des corps ou des âmes humaines en deux sexes dès cet instant, comme certaines traductions le suggèrent par « Il créa l’homme et la femme » ; ou bien ce verset suggère-t-il plutôt un certain androgynat de l’homme[6] comme le suggère C.Mopsik, bien que celui-ci attribue cet androgynat à une âme origine de l’Homme alors que nous allons voir que cette caractéristique s’appliquerait plutôt à l’homme en tant qu’esprit et en tant que « forme », comme le laisse supposer le sens donné par saint Augustin à la domination de l’homme sur les animaux.

    [1] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVI) : c’est proprement par son âme que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

    [2] Charles Mopsik – le sexe des âmes : Les versets du deuxième chapitre de la Genèse [à fortiori du premier] … sont relus comme relatant les étapes du voyage de l’âme.

    [3] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVI) : s’il est dit que l’homme a été fait à l’image de Dieu, cela s’entend de l’homme intérieur, où est la raison et l’intelligence, qui assurent à l’homme la domination… ce n’est point à raison du corps que l’homme est dit avoir été créé à l’image de Dieu, mais à raison de cette puissance par laquelle il domine tous les animaux. Car toutes les bêtes ont été misés sous son empire, non à cause de la dignité du corps humain; mais à cause de l’intelligence que nous avons et qu’elles n’ont pas… tous les animaux ont une forme naturellement inclinée vers la terre et ne sont point droits comme celui de l’homme. Cette attitude signifie qu’à son tour notre esprit doit être élevé aux choses d’en haut qui font son objet propre, c’est-à-dire aux choses spirituelles et éternelles

    [4] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVIII) : Il faut ici leur répondre d’abord qu’ils se trompent considérablement, s’ils ne voient l’homme qu’après son péché, quand il a dû subir la condition mortelle de cette vie, et quand il est déchu de la perfection avec laquelle il fût créé à l’image de Dieu

    [5] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XX) : c’est avec vérité qu’on les entend d’une manière spirituelle, en ce sens que nous devons tenir dans la soumission, et dominer par la tempérance et la modestie tous les appétits et tous les mouvements de l’âme

    [6] Charles Mopsik – le sexe des âmes : Une âme humaine est donc substantiellement masculine et féminine à la fois …/… Il n’est d’âme et par conséquent d’être humain au sens plein, que mâle et femelle en même temps

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  • Révélations

    Jean Chapas a résumé la doctrine du maître Philippe de Lyon au cours d’un entretien avec Michel de Saint Martin. Constatons tout d’abord la place donnée à l’esprit individualisé, que J.Chapas appelle « lumière divine », ce qui ne laisse aucun doute sur sa nature spirituelle distincte de l’âme. Il l’appelle lui-même esprit pur et lumineux en parlant de la vie donnée par le Père à sa créature.

    En revanche, ce que J.Chapas nomme âme, en particulier dans ce tableau, apparait comme répartie en quatre niveaux, ce qui diffère en apparence des conclusions de la psychologie analytique. Ce qu’il nomme Entité ou âme intellectuelle supérieure angélique semble prête à recevoir les intuitions de la ligne supérieure de l’esprit, et correspondre ainsi à ce que la psychologie analytique a nommé l’Inconscient spirituel. L’âme intellectuelle inférieure humaine est qualifiée quant à elle de centre de l’Amour avec un grand « A », lieu d’expression des valeurs altruistes, et pourrait se confondre avec l’inconscient individuel de Jung.

    L’âme intellectuelle est par ailleurs le concept le plus approchant de la notion d’âme que l’on apprenait dans l’enfance. C’est donc le lieu des sentiments. En revanche, l’association faite par J.Chapas entre l’âme sensitive, donc animale, et le centre de l’intelligence, semble inappropriée, car on ne peut pas dire, à part quelques rares exception comme le cas du chimpanzé, que les animaux soient doués d’intelligence, mais tout au plus une intelligence collective liée à l’espèce.

    Le centre de l’intelligence apparait bien à sa place dans la hiérarchie des composantes de l’âme mais n’est pas à priori un attribut des animaux. Il vaudrait mieux parler de conscience tout simplement pour exprimer la capacité de l’être humain à exercer son intelligence donc à raisonner et de décomposer en deux cette ligne identifiée par Jean Chapas. Le centre de l’intelligence semble recouvrir la conscience qui exerce donc son intelligence pour prendre des décisions.

    Dans ce sens, l’âme sensitive animale est par définition commune à l’homme et l’animal, elle a pour fonction de penser pour analyser les sensations en provenance du corps et à communiquer au même corps des actions à réaliser selon un processus lié à l’espèce pour ce qui est des animaux, et résultant des décisions opérées par la conscience pour l’homme. C’est l’Inconscient collectif, regroupant le modèle des actions lié à l’espèce.

    De même, l’association entre l’âme végétative et le point de jonction des autres composantes semble coller avec la définition la plus répandue de l’âme végétative, à savoir l’ensemble des fonctions automatiques liées à la nutrition et à la reproduction de l’espèce. Ce point de jonction pourrait être considéré comme le subconscient dans la mesure où celui-ci recueille l’ensemble des sensations issues des organes du corps, et transmets les ordres aux mêmes organes comme le définit la psychologie analytique.

    Dans cette analyse, force est de constater que le souffle vital n’a pas sa place dans ce tableau car il est plutôt à considérer comme le reflet de l’esprit dans la matière, récupéré par l’âme végétative pour le maintien de la vie dans le corps physique, et non une composante de l’âme. Ce qui peut être attribué au domaine de l’âme se décompose alors en trois premiers étages : 6, 5, 4 qui semblent recouvrir les trois règnes du végétal, de l’animal et de l’humain, au travers des inconscients collectifs liés à l’espèce. Les deux étages supérieurs : 3 et 2 étant exclusivement réservés à l’homme.

    1

    Esprit individualisé

    Esprit

    Esprit

    Lumière divine : étincelle divine

    2

    Ame spirituelle

    Icst Spirituel

    Ame

    Ame intellectuelle supérieure angélique 

    3

    Ame intellectuelle

    Icst Individuel

    Ame intellectuelle inférieure humaine

    4

    Conscience

    Conscience

    Centre de l’intelligence (intellect)

    5

    Ame sensitive

    Icst Collectif

    Ame sensitive animale –

    6

    Ame végétative

    Subconscient

    Ame végétative : Point de jonction

    7

    Matière et – souffle vital

    Corps

    Corps

    Corps élémentaire physique

    Si l’on essaie de placer les résultats de la psychologie analytique ainsi que les sept chakras dans ce tableau on obtiendrait l’analogie suivante :

     

     

    Chakras

    Fonction

     

    Types psy.

    1

    Esprit individualisé

    Lotus

    Intégration

    Esprit

     

    2

    Ame spirituelle

    Mental

    Adhésion

    Icst Spirituel

    Intuition

    3

    Ame intellectuelle

    Larynx

    Relation

    Icst Individuel

    Sentiment

    4

    Conscience

    Plexus cardiaque

    Raison

    Conscience

    Sujet

    5

    Ame sensitive

    Plexus solaire

    Emotion

    Icst  Collectif

    Pensée

    6

    Ame végétative

    Abdomen

    Sensation

    Subconscient

    Sensation

    7

    Matière souffle vital

    Fondement

    Physique

    Corps

     

    … / …

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  • Du « genre » des âmes

    Platon affirmait que les âmes des êtres humains sont en nombre fini et qu’elles sont sexuées : l’âme d’origine, ou de première naissance étant de principe masculin et l’âme de seconde naissance, issue de la première, de principe féminin. Ce n’est pas sans rappeler la tradition biblique d’Eve ayant été créée à partir de la côte d’Adam, à condition d’appliquer à l’âme les informations du deuxième chapitre de la Genèse. Cette hypothèse appliquée aux âmes signifierait que celles-ci pourraient très bien être genrées.

    C’est ce que pensaient aussi les cabalistes castillans au moyen âge comme l’a bien commenté Charles Mopsik dans ses traductions d’ouvrages de cette époque évoquant la constitution des âmes humaines. Il s’intéressa notamment à Joseph Gikatila et à son interprétation de la Genèse et particulièrement du Zohar, concernant la création des âmes humaines. Dans son ouvrage David et Bethsabée, ce cabaliste reconnu présente la tradition ésotérique juive sur la vraie nature des âmes, au travers de ce qu’il nomme le « mariage idéal ».

    L’âme humaine aurait d’abord été créé androgyne selon lui, donc mâle et femelle, avant d’être séparée en deux demi-âmes spécialement pour l’incarnation dans le monde sensible. Chacune de ces demi-âmes seraient d’un genre différent, prédestinée à s’incarner dans un corps d’homme ou de femme selon son genre. Le mariage idéal serait consommé lorsque deux demi-âmes prédestinées, issues d’une même âme androgyne, se retrouvent et s’unissent dans le monde sensible par le mariage[1].

    Il faut cependant remarquer une différence de langage entre Jung, qui attribue à l’inconscient individuel le genre opposé au sexe physique, en parlant par exemple du caractère féminin de l’anima d’un corps masculin, et C.Mopsik qui lui attribue le même genre, en parlant par exemple de femme féminine pour ce qui est la norme et de femme masculine pour ce qui est de l’exception. Peut-être que Jung a anticipé les conclusions de C.Mopsik sur la séparation d’une unité originelle (comprenant : conscience et inconscient) en deux genres opposés, alors que C.Mopsik n’utilise pas d’adjectif pour caractériser le genre des âmes qu’il caractérise simplement par le sexe du corps.

     « Le premier couple humain est donc le modèle exemplaire de tous les couples assortis » écrit C.Mopsik[2]. Quand Adam fut créé, Eve sa compagne (âmes) le fut simultanément[3]. « Lorsque l’âme de l’homme est produite au sein du plérome divin, l’âme de sa conjointe l’est aussi ». Ou comme dit le cabaliste J.Gikatila : « Quand un mâle est créé, sa partenaire féminine est créée en même temps que lui parce qu’on ne fabrique jamais d’en haut une demi-forme mais seulement une forme entière ». Ceci montrerait si besoin que tout être humain a sa vraie « moitié » originelle qui l’attend. Et aussi que « c’est le pouvoir théurgique des actes vertueux qui … donne à l’homme le mérite de s’accoupler à sa partenaire féminine originelle ».

    [1] J. Gikatila – David et Bethsabée : Et si l’homme qui a été créé met ses affaires en ordre et accomplit les commandements … alors par ce mérite, cet homme est digne de trouver sa partenaire féminine, à savoir la femelle dans laquelle a été jetée l’âme qui était sa partenaire au début de sa création au sein de la forme androgyne… C’est ce que signifie : « Le seigneur bâtit en femme le côté qu’il avait pris à l’homme et il l’amena à l’homme…

    [2] C. Mopsik – « La division de l’androgyne primitif n’est pas le résultat d’une révolte contre la divinité et elle n’est pas la punition qui la sanctionne afin d’affaiblir la puissance des hommes comme dans le récit platonicien ».

    [3] C. Mopsik – « Cette conception de la nature originelle de l’âme comme étant bisexuée, écrit C. Mopsik, va aboutir … à introduire cette notion de bisexualité au sein même de l’individu séparé, comme si, malgré la séparation, il recelait toujours quelques vestiges de la partie détachée. »

    … / …

    Définissons d’abord les différents profils d’individus en présence par l’ensemble des combinaisons des deux caractéristiques de base que sont : le sexe du corps, et le genre de l’âme, partant du principe que lorsqu’on connait le genre de l’âme, ou la polarité de la conscience si vous préférez, on connait celui de l’inconscient qui lui est opposé.

    On obtient ainsi quatre profils dont deux d’entre eux peuvent être qualifiés de « normaux » aux yeux du commun des mortels et deux autres sont particuliers : l’homme avec une âme féminine et la femme avec une âme masculine.

    La combinaison entre ces différents profils permet d’identifier six cas génériques de couples numérotés de 0 à 5 :

    Type (0) : Le couple hétérosexuel normal qui peut avoir des enfants, filles ou garçon et dont les âmes peuvent être sœurs car de genres opposés ;

    Type (1) : Le couple hétérosexuel qui peut avoir des enfants, filles ou garçon mais dont les âmes ne peuvent être sœurs car de même genre ;

    Type (2) : Le couple hétérosexuel dans la vie mais qui ne peut avoir d’enfants mâles et les âmes ne peuvent être sœurs ;

    Type (3) : Le couple homosexuel dans la vie mais avec des âmes qui peuvent être sœurs car de genres opposés – mariage idéal qui semble possible ; qui naturellement ne peut avoir d’enfants,

    Types (4) et (5) : Les couples homosexuels femmes ou hommes ayant des âmes de genres identiques ne pouvant avoir d’enfants.

    La combinaison des quatre types d’individus donne 16 cas de couples, que l’on peut classer selon les six types précédents :

    Les cabalistes médiévaux pensaient que ces distorsions entre sexes des corps et genres des âmes étaient le résultat de certaines transgressions, principalement sexuelles, effectuées dans d’autres vies antérieures et étaient une voie de purification et de réparation. Les conséquences de ces « intrications punitives résident essentiellement dans la stérilité[1] et l’inversion sexuelle ou transsexualité ».

    Cette théorie justifie une certaine forme de « mariage » des homosexuels authentiques, incarnations d’âmes de genres opposés. Il est remarquable de constater qu’une telle union a fait l’objet au moyen âge d’un rituel officiel de la religion chrétienne, donc religieux par excellence, appelé « affrèrement » comme l’union de deux frères, et qu’ainsi il ne heurtait pas les sensibilités par amalgame avec le mariage.

    [1] G. Scholem – La mystique juive

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  • L’inconscient spirituel

    Certains ont attribué à Jung la découverte d’un inconscient dit spirituel, supposant par ce qualificatif nouveau qu’il se distinguerait de l’inconscient collectif. Mais c’est en fait Victor Frankl qui approfondit cette notion d’inconscient spirituel et qui démontra surtout qu’il ne faisait pas partie de l’inconscient collectif comme l’avait imaginé Jung, mais en était complètement dissocié[1]. Il attribue notamment à ce « niveau de conscience » les facultés et qualités de l’être humain en matière artistique, esthétique, éthique et religieux qui à l’évidence le distingue de l’animal.

    Il constate l’autonomie de l’existence spirituelle, qu’il rapproche des vertus, liée à la notion de responsabilité caractéristique elle aussi de l’être humain par rapport au règne animal. L’homme est distingué par son individualité, par opposition à l’animal qui est collectif, et ce qui le caractérise est en effet d’être responsable, donc d’avoir à prendre des décisions, alors que l’animal n’agit qu’en fonction d’une conscience collective quasi automatique héritée de l’espèce. L’analyse existentielle de V.Frankl met ainsi à l’honneur le terme « existence » pour désigner ce mode d’être que constitue le fait d’être responsable[2].

    L’inconscient spirituel pour V.Frankl se distingue et s’oppose à l’inconscient pulsionnel, donc au subconscient stigmatisé par Freud. C’est être spécifiquement et essentiellement un être humain que de ne pas être déterminé par ses pulsions, mais au contraire « de décider ce que l’on choisira d’être », en fonction des vertus qui s’opposent fondamentalement aux pulsions. En plus d’être responsable, V.Frankl définit l’homme comme étant individué, représenté par une personne psychosomatique et un être spirituel[3].

    Il distingue ainsi le psychisme – tel qu’il le définit et le qualifie comme factice bien que centre du choix – de cet être spirituel qui anime et nourrit le sens de la responsabilité au travers de l’inconscient spirituel. Ainsi, à l’opposé de l’homme, l’animal réagit selon des schémas rigides fixés une fois pour toutes pour tous les individus de l’espèce.

    En constatant que la raison ne peut à elle seule reconnaitre un certain « devoir d’être » individuel se situant au-delà des lois, il lui oppose l’intuition, notamment celle de la conscience morale[4], faisant partie intégrante de cet inconscient spirituel. Il situe aussi dans ce domaine de conscience l’amour et la religiosité, tous deux amenés et suggérés par une autre forme d’intuition, tous deux protégés par la pudeur, dit-il, au plus profond de nous-même[5].

    Cette pudeur est plus forte que cette autre pudeur bien connue relative à notre condition animale touchant à la nudité et au sexe, en témoigne la grande difficulté à prier en commun entre des époux partageant pourtant la même spiritualité. Cette pudeur liée à la religiosité serait-elle une conséquence d’une honte associée à notre condition humaine, symbolisée par la « chute », et stigmatisée par la condition animale et la perte d’une relation privilégiée avec la création, que d’aucuns appellent le paradis perdu.

    V.Frankl définit cet inconscient spirituel comme la religiosité inconsciente, la relation inconsciente et cachée avec un être spirituel que nous appellerons esprit, lui-même caché. Il insiste sur le fait qu’en aucun cas l’inconscient, qu’il soit spirituel ou pulsionnel, ne doit être confondu avec la divinité. Il évacue ainsi les théories erronées type gnosticisme prétendant que Dieu réside en chaque être humain, émises dit-il par des théologiens amateurs.

    Par voie de conséquence il fustige les théories, qu’il attribue à l’occultisme, prétendant que cet inconscient est omniscient. Pour Frankl, cet inconscient spirituel existe indépendamment, du fait même qu’il est matérialisé par des rêves religieux fait par des individus foncièrement irréligieux.

    [1] Michel De Boucaud – Les courants psychopathologiques et psychiatriques – 1975 : V. Frankl développe à partir de son expérience les modalités de l’inconscient spirituel : l’inconscient esthétique, l’inconscient éthique et l’inconscient religieux.

    [2] V.Frankl – Le Dieu inconscient – L’analyse existentielle

    [3] V.Frankl – Le Dieu inconscient – L’inconscient spirituel : la personne A une structure psychosomatique, tandis qu’elle EST un être spirituel.

    [4] V.Frankl – Le Dieu inconscient – Analyse existentielle de la conscience morale

    [5] V.Frankl – Le Dieu inconscient – Analyse existentielle et interprétation des rêves

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  • L’inconscient collectif

    Après avoir démontré l’indépendance de la conscience et du corps, Bergson s’intéressa aux liens pouvant exister entre l’ensemble des consciences individuelles, attachées aux corps, de l’ensemble des êtres humains. Introduisait-il par cette réflexion l’idée que toutes les consciences individuelles pouvaient être solidaires autour ou au sein d’un même ensemble. Dans ce sens, la psychologie analytique a permis d’identifier un inconscient collectif au sein duquel sont comme archivés des schémas de pensée. C’est Jung qui explora plus spécifiquement cet inconscient collectif qu’il définissait comme des archétypes[1].

    L’archétype est lié à la notion d’espèce[2] affirma-t-il, ce qui expliquerait notamment que les animaux ont tous des réflexes propres à leur espèce qui proviennent de l’inconscient collectif de leur espèce : l’oiseau sait voler instinctivement et les protozoaires savent acquérir de la nourriture pour vivre. La conscience hérite selon lui, sous forme d’images virtuelles, de « toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale[3] ». Pour ce qui est de l’homme, un des archétypes très présent à l’esprit est le Christ et il est intéressant de noter les propos de Jung qui tendent à montrer qu’au-delà des aspects historiques de la vie de l’homme Jésus, contestables par un non croyant car sans réelle preuve évidente, au-delà de ses aspects symboliques, dogmatiques et religieux encore plus contestables, le Christ fait indéniablement partie intégrante de l’archétype humain, donc de l’inconscient collectif et par-là de la conscience[4] élargie du Soi.

    Cette thèse accréditerait l’hypothèse selon laquelle certaines visions surnaturelles comme celles du Christ seraient issues de quelque chose de vrai – bien qu’elles apparaissent comme un évènement extérieur – auquel ont potentiellement accès de l’intérieur tous les êtres humains de par le fait même qu’ils appartiennent à l’espèce humaine et que le Christ existe bien réellement en tant qu’archétype au sein de l’inconscient collectif de l’espèce. Ceci est dû probablement au fait que le concept ou symbole du Christ a appartenu à notre espèce en tant qu’être humain et que son histoire a fait le tour du monde. Dans le même ordre d’idées, les dieux grecs anciens sont à mettre au même rayon des archétypes, appartenant à l’inconscient collectif et non pas à considérer comme des dieux, voire même des demi-dieux qui viendraient contredire la pensée monothéiste.

    Ainsi les rêves sont, comme dit Jung[5], « des portes ouvertes sur la nuit originelle cosmique, où l’être humain était un tout et que le Tout était en lui au sein de la nature indifférenciée et impersonnalisée, qui préformait l’âme bien avant l’existence de la conscience ». Cette nuit originelle correspondrait à cet inconscient collectif, à cette « materia prima » ou peut-être aux eaux de la Genèse. Le caractère étrange et impressionnant de certains rêves rend compréhensible l’idée qu’ils soient inspirés. Bien que n’ayant pas conscience de quelle source ils proviennent, il nous faut admettre cependant l’existence de centre psychiques indépendants, échappant au contrôle de notre conscience, apparaissant et disparaissant selon leurs propres lois[6].

    Dans son livre : Les racines de la conscience, Jung définit ce qu’il appelle le corps intérieur comme réceptacle de la lumière, objet du chapitre suivant, en affirmant que tous ces corps intérieurs ne sont « qu’un seul corps et une seule chose dans tous les hommes ». Ce corps intérieur ne désignerait-il pas sous un autre mot l’inconscient, à la fois collectif car « un » selon lui, et individuel car « cependant divisé et distribué, selon le nombre bien ordonné du corps ».

    [1] C.G. Jung – L’âme et la vie : « De fait l’inconscient recèle des possibilités qui sont inaccessibles au conscient ; car il dispose de tous les contenus psychiques subliminaux, de tout ce qui a été oublié ou négligé, et en outre de la sagesse conférée par l’expérience d’innombrables millénaires, sagesse déposée et confiée à des structures archétypes. […] la découverte de ces images archétypes conduit à distinguer deux couches dans l’inconscient, un inconscient personnel et un inconscient impersonnel ou supra-individuel. Nous désignons ce dernier par inconscient collectif»

    [2] C.G. Jung – L’âme et la vie : Chaque vie individuelle incarne en même temps la vie de l’éternité de l’espèce

    [3] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient

    [4] C.G. Jung – L’âme et la vie : A travers la vie révélée du Christ, s’exprime… la vie secrète et inconsciente de chacun, autrement dit, tout ce qui survient dans la vie du Christ se produit toujours et partout.

    [5] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

    [6] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

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  • L’inconscient individuel

    L’inconscient individuel correspond à l’idée la plus communément répandue que l’on se fait de la psyché en attribuant à celle-ci un caractère mystérieux, non palpable, dans lequel ranger tout ce qui n’est pas démontrable, comme l’idée d’une poubelle dans laquelle refouler tout ce que l’on ne veut pas garder présent à notre conscience. Mais l’inconscient n’est pas seulement un lieu de refoulement ou de stockage d’éléments de la vie personnelle – il peut aussi être source d’inspirations ou d’intuitions pour la conscience – il contient des éléments qui appartiennent au passé de l’individu et qui font partie intégrante de sa personnalité [1]. Jung a défini un inconscient individuel par opposition à un inconscient collectif qui sera examiné au chapitre suivant. Parmi les matériaux inconscients, tout ce qui est attaché à l’individu et qui ne relève pas du subconscient peut être classé dans l’inconscient individuel. Prenons par exemple le refoulement de pensées, de problèmes ou soucis non résolus, la mémorisation d’actes oubliés qui peuvent resurgir plus tard à la faveur d’une sensation comme une odeur, un bruit ou une situation caractéristique. Mais aussi les rêves qui rapportent des personnages, des souvenirs ou des préoccupations personnelles, bien que parallèlement un caractère plus collectif puisse aussi être attribué aux rêves.

    Les expériences de Jung lui ont permis de définir un inconscient personnel de polarité différente entre l’anima de l’homme et l’animus de la femme. Cet inconscient différent imprime une façon différente de penser, d’agir et de réagir. Il qualifie alors de féminin l’inconscient de l’homme et de masculin celui de la femme ; expliquant ainsi que l’homme cherche à conquérir la femme qui correspond le mieux à son inconscient personnel.

    Cette féminité de l’homme explique selon Jung que l’ensemble complexe que l’on nomme âme soit de genre féminin, comme si tout était fait, rapporté et référencé en fonction du genre masculin, par un réflexe tout aussi moyenâgeux que de penser que les femmes n’avaient pas d’âme. Sans en fournir la preuve, Jung pense que dans cet inconscient personnel, loin des sédiments collectifs, peuvent exister des souvenirs individuels hérités constituant finalement cette image de la femme avec laquelle l’homme appréhende l’essence féminine. Par exemple, dans le domaine sexuel, Jung remarque comme une constante la confusion entre Eros et sexualité[2] dont l’homme est souvent victime.

    Par ailleurs, Jung a constaté que l’inclination de la femme à se laisser envahir par des suppositions ou opinions[3], est souvent irritante pour l’homme[4] et peut mener à une incompréhension.  Si l’on avait appris à l’école les fondements de la psychologie, bien des soucis de couple seraient éliminés par une meilleure compréhension des sexes, de la fonction et de la place de chacun dans le couple. On oublie trop souvent que les soucis et ensuite les névroses qui en découlent proviennent souvent d’un désaccord avec soi-même[5].

    Un schéma de Jung illustre assez bien les différentes couches de conscience et d’inconscient. Il a l’avantage de distinguer d’une part la dimension individuelle et collective, et d’autre part les différences liées aux sexes. On y distingue très nettement le moi ou égo comme faisant partie de la conscience, l’inconscient individuel distinct selon le sexe et les archétypes, principes de l’inconscient collectif.

    [1] CG Jung – Dialectique du moi et de l’inconscient – il est impossible d’expliquer par le seul mécanisme du refoulement pourquoi tous ces éléments restent au-dessous du seuil du conscient

    [2] CG Jung – L’âme et la vie – La plupart des hommes sont aveugles au point de vue érotique, parce qu’ils commettent l’impardonnable méprise de confondre l’Eros avec la sexualité. L’homme s’imagine posséder une femme lorsqu’il la possède sexuellement. Or, il n’est pas de moment où il la possède moins. Car, pour la femme la relation érotique seule importe. Le mariage est pour elle une relation à laquelle s’ajoute la sexualité.

    [3] CG Jung – L’âme et la vie – Les suppositions et les opinions inconscientes sont les plus grandes ennemies de la nature féminine, parfois véritable passion démoniaque qui irrite les hommes, les indispose et cause aux femmes le très grand dommage d’étouffer peu à peu le charme de leur propre nature et de les rejeter à l’arrière-plan. Une évolution de ce genre conduit finalement à un profond désaccord avec soi-même, autrement dit à la névrose…/…La vrai raison de leur névrose est qu’elles sont incapables de comprendre la tâche culturelle qui leur revient.

    [4] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient – Les opinions toutes faites de l’animus, donc de la femme, ont quelque chose de suprêmement irritant pour l’homme, surtout à cause de leur manque de fondement… Une discussion, claire en soi, se verra compliquée par l’adjonction de nouveaux points de vue qui, à l’occasion, n’ont rien à faire avec la discussion en cours

    [5] CG Jung – L’âme et la vie – Ce désaccord avec soi-même provoque du mécontentement et comme on n’a nullement conscience de l’état dans lequel on se trouve, on en projette généralement les causes sur son conjoint.

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  • Le subconscient

    La première couche d’inconscient, en ce sens qu’elle échappe à notre conscience, est le subconscient. Contrairement à certaines anciennes idées reçues, malheureusement toujours d’actualité, le subconscient n’est pas cette super conscience qui nous transcende et qui joue un rôle d’arbitre ou de pilote. Ces idées étaient peut-être héritées à l’origine des travaux de Freud qui marquaient le début de l’exploration de l’inconscient, donnant implicitement une place prépondérante à cet inconscient « freudien ». Le préfixe « sub » devrait maintenant suffire à caractériser ce niveau de conscience comme étant « en dessous » ou « au bas » en quelque sorte du reste de la conscience.

    C’est le lieu de la perception sensorielle des stimuli élémentaires du monde qui nous entourent, qui utilise notamment le système nerveux pour amener à notre conscience les informations de base de l’environnement extérieur, remontées par nos organes sensoriels, afin que celle-ci prenne les bonnes décisions d’adaptation et d’action en réaction à ces stimuli. C’est la source de l’ensemble des sensations provenant de notre corps comme la douleur, la faim, la soif ou la libido au sens Freudien du terme – Jung désignant par libido l’ensemble des sensations – et des ordres donnés aux fonctions automatiques que sont la respiration, la digestion ou encore les fonctions assurant une immunité de base aux agressions microbiennes.

    En fait, tout ce qui fait vivre notre corps et qui le maintient en bonne santé. Le subconscient est présent dans toute créature animale sous une forme commune dépendante de l’espèce. Comme le rappelait Jung[1], l’instinct de la fourmi moissonneuse lui dicte de couper, de transporter et stocker les éléments végétaux nécessaires à sa survie. Celui-ci est inné, la fourmi ne l’apprend pas à l’école des fourmis mais le reçoit avant toute activité.

    Ainsi, de multiples formes de subconscience depuis le protozoaire jusqu’à l’homme regroupent les fonctions automatiques communes telles que la digestion, la respiration et la reproduction. Parmi les niveaux inconscients, le subconscient correspond donc à nos fonctions automatiques de base comme la respiration, l’alimentation ou encore l’instinct sexuel, et n’est donc pas apparemment une source de différenciation entre l’homme et l’animal. Au contraire cet aspect est bien à priori le lieu commun entre les hommes et les animaux, qui partagent à l’évidence cette forme de conscience automatique plus ou moins élaborée.

    En tant que lieu de coordination de ces fonctions automatiques, le subconscient est notamment le lieu de production des sensations et par conséquent de ce qu’on identifie comme les pulsions. En reprenant l’illustration précédente de l’amputation du membre, la sensation de présence du membre amputé est une fonction de base autonome qui ne résulte pas d’un choix ou d’une décision de notre part.

    Cette forme de conscience qui produit la sensation est automatique et peut être assimilée au subconscient. Le membre n’étant plus là, cet exemple est une illustration concrète de la différence que l’on doit faire entre le membre disparu, donc le corps, et la conscience du membre qui elle est toujours présente. La vraie question qui se pose à travers cet exemple est de savoir si ce subconscient fait partie de la psyché ou non : est-il lié au cycle de vie du corps ou au cycle de vie de la conscience, séparée du corps comme nous l’avons vu précédemment.


    [1] C.G. Jung : Les racines de la conscience – Pattern of behavior et archetype

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  • Segmentation de la conscience

    Une segmentation des niveaux de l’inconscient a été apportée par les travaux de la psychologie analytique, dont C.G. Jung a développé considérablement les concepts de subconscient et d’inconscient, décomposant ce dernier encore en différents aspects[1]. L’inconscient ne peut être réduit à la simple absence de conscience[2], écrivait-il, et tout ce qui surgit de façon inattendue de ce domaine obscur parait provenir du monde extérieur, et par là être réel, même s’il semble provenir d’une hallucination et semble par suite être faux[3].

    L’hypertrophie actuelle de la conscience est selon lui diabolique, résultant de l’orgueil de l’homme, alors que l’inconscient est naturel par excellence. Il subdivise cet inconscient en « Subconscient » ou première couche en dessous de la conscience, « Inconscient individuel » ou personnel reflet de nos actions conscientes, « Inconscient collectif » ou historique de tout le patrimoine de l’humanité et enfin « Inconscient spirituel » qu’il ne particularise pas spécialement par rapport à l’inconscient collectif, mais qui sera développé plus tard par Victor Frankl.

    Jung introduit la notion de Moi conscient ou encore d’égo, terme voulant dire moi en latin, dont le contour est celui de la conscience de veille, et celui de Soi qui est une vision élargie à toutes les couches de conscient et d’inconscient dans un état de communication parfaite entre elles.

    Le sens de la vie est selon Jung de gagner de la connaissance, donc de la conscience sur la matière première que constitue l’inconscient[4], de se dresser en quelque sorte contre le chaos primordial mais toujours présent dans la matière constituée. On voit ainsi poindre la notion de « grand œuvre » et de « Mère universelle » ou « materia prima » chère aux alchimistes. Le parallèle entre la psychologie et l’alchimie, largement étudié par Jung, sera abordé plus en détail dans la suite de cet ouvrage.

    [1] Wikipédia – Inconscient : « Le subconscient correspond aux processus psychiques non accessibles au sujet conscient et relevant de l’automatisme –– L’inconscient se composerait d’un inconscient personnel, d’un inconscient collectif et d’un inconscient spirituel qui nous préviendrait de dangers et trouverait la solution de certains conflits. Jung donne des exemples de rêves qui auraient une fonction d’avertissement »

    Ou encore « inspirations artistiques, intuitions scientifiques, imaginations, rêveries, rêves, hallucinations, actes manqués, bafouillements, colères, mélancolie, angoisses, névroses, psychoses… sont autant de phénomènes que le psychanalyste attribue à l’influence de l’inconscient ».

    [2] Jung – L’âme et la vie : l’inconscient possède une certaine autonomie créatrice, qui ne pourrait jamais lui être attribuée s’il avait seulement la nature d’une ombre

    [3] Jung – L’âme et la vie : Que quelque chose puisse ne pas provenir de l’extérieur, mais soit pourtant vrai, voilà une vérité qui a jusqu’ici à peine commencé à poindre pour l’humanité contemporaine.

    [4] Jung – L’âme et la vie : C’est là le principe paternel du Logos qui, dans une lutte infinie, s’arrache à la chaleur première et à l’obscurité du sein maternel autrement dit : l’inconscient.

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