2. Héritage scientifique

  • L’inconscient spirituel

    Certains ont attribué à Jung la découverte d’un inconscient dit spirituel, supposant par ce qualificatif nouveau qu’il se distinguerait de l’inconscient collectif. Mais c’est en fait Victor Frankl qui approfondit cette notion d’inconscient spirituel et qui démontra surtout qu’il ne faisait pas partie de l’inconscient collectif comme l’avait imaginé Jung, mais en était complètement dissocié[1]. Il attribue notamment à ce « niveau de conscience » les facultés et qualités de l’être humain en matière artistique, esthétique, éthique et religieux qui à l’évidence le distingue de l’animal.

    Il constate l’autonomie de l’existence spirituelle, qu’il rapproche des vertus, liée à la notion de responsabilité caractéristique elle aussi de l’être humain par rapport au règne animal. L’homme est distingué par son individualité, par opposition à l’animal qui est collectif, et ce qui le caractérise est en effet d’être responsable, donc d’avoir à prendre des décisions, alors que l’animal n’agit qu’en fonction d’une conscience collective quasi automatique héritée de l’espèce. L’analyse existentielle de V.Frankl met ainsi à l’honneur le terme « existence » pour désigner ce mode d’être que constitue le fait d’être responsable[2].

    L’inconscient spirituel pour V.Frankl se distingue et s’oppose à l’inconscient pulsionnel, donc au subconscient stigmatisé par Freud. C’est être spécifiquement et essentiellement un être humain que de ne pas être déterminé par ses pulsions, mais au contraire « de décider ce que l’on choisira d’être », en fonction des vertus qui s’opposent fondamentalement aux pulsions. En plus d’être responsable, V.Frankl définit l’homme comme étant individué, représenté par une personne psychosomatique et un être spirituel[3].

    Il distingue ainsi le psychisme – tel qu’il le définit et le qualifie comme factice bien que centre du choix – de cet être spirituel qui anime et nourrit le sens de la responsabilité au travers de l’inconscient spirituel. Ainsi, à l’opposé de l’homme, l’animal réagit selon des schémas rigides fixés une fois pour toutes pour tous les individus de l’espèce.

    En constatant que la raison ne peut à elle seule reconnaitre un certain « devoir d’être » individuel se situant au-delà des lois, il lui oppose l’intuition, notamment celle de la conscience morale[4], faisant partie intégrante de cet inconscient spirituel. Il situe aussi dans ce domaine de conscience l’amour et la religiosité, tous deux amenés et suggérés par une autre forme d’intuition, tous deux protégés par la pudeur, dit-il, au plus profond de nous-même[5].

    Cette pudeur est plus forte que cette autre pudeur bien connue relative à notre condition animale touchant à la nudité et au sexe, en témoigne la grande difficulté à prier en commun entre des époux partageant pourtant la même spiritualité. Cette pudeur liée à la religiosité serait-elle une conséquence d’une honte associée à notre condition humaine, symbolisée par la « chute », et stigmatisée par la condition animale et la perte d’une relation privilégiée avec la création, que d’aucuns appellent le paradis perdu.

    V.Frankl définit cet inconscient spirituel comme la religiosité inconsciente, la relation inconsciente et cachée avec un être spirituel que nous appellerons esprit, lui-même caché. Il insiste sur le fait qu’en aucun cas l’inconscient, qu’il soit spirituel ou pulsionnel, ne doit être confondu avec la divinité. Il évacue ainsi les théories erronées type gnosticisme prétendant que Dieu réside en chaque être humain, émises dit-il par des théologiens amateurs.

    Par voie de conséquence il fustige les théories, qu’il attribue à l’occultisme, prétendant que cet inconscient est omniscient. Pour Frankl, cet inconscient spirituel existe indépendamment, du fait même qu’il est matérialisé par des rêves religieux fait par des individus foncièrement irréligieux.

    [1] Michel De Boucaud – Les courants psychopathologiques et psychiatriques – 1975 : V. Frankl développe à partir de son expérience les modalités de l’inconscient spirituel : l’inconscient esthétique, l’inconscient éthique et l’inconscient religieux.

    [2] V.Frankl – Le Dieu inconscient – L’analyse existentielle

    [3] V.Frankl – Le Dieu inconscient – L’inconscient spirituel : la personne A une structure psychosomatique, tandis qu’elle EST un être spirituel.

    [4] V.Frankl – Le Dieu inconscient – Analyse existentielle de la conscience morale

    [5] V.Frankl – Le Dieu inconscient – Analyse existentielle et interprétation des rêves

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  • L’inconscient collectif

    Après avoir démontré l’indépendance de la conscience et du corps, Bergson s’intéressa aux liens pouvant exister entre l’ensemble des consciences individuelles, attachées aux corps, de l’ensemble des êtres humains. Introduisait-il par cette réflexion l’idée que toutes les consciences individuelles pouvaient être solidaires autour ou au sein d’un même ensemble. Dans ce sens, la psychologie analytique a permis d’identifier un inconscient collectif au sein duquel sont comme archivés des schémas de pensée. C’est Jung qui explora plus spécifiquement cet inconscient collectif qu’il définissait comme des archétypes[1].

    L’archétype est lié à la notion d’espèce[2] affirma-t-il, ce qui expliquerait notamment que les animaux ont tous des réflexes propres à leur espèce qui proviennent de l’inconscient collectif de leur espèce : l’oiseau sait voler instinctivement et les protozoaires savent acquérir de la nourriture pour vivre. La conscience hérite selon lui, sous forme d’images virtuelles, de « toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale[3] ». Pour ce qui est de l’homme, un des archétypes très présent à l’esprit est le Christ et il est intéressant de noter les propos de Jung qui tendent à montrer qu’au-delà des aspects historiques de la vie de l’homme Jésus, contestables par un non croyant car sans réelle preuve évidente, au-delà de ses aspects symboliques, dogmatiques et religieux encore plus contestables, le Christ fait indéniablement partie intégrante de l’archétype humain, donc de l’inconscient collectif et par-là de la conscience[4] élargie du Soi.

    Cette thèse accréditerait l’hypothèse selon laquelle certaines visions surnaturelles comme celles du Christ seraient issues de quelque chose de vrai – bien qu’elles apparaissent comme un évènement extérieur – auquel ont potentiellement accès de l’intérieur tous les êtres humains de par le fait même qu’ils appartiennent à l’espèce humaine et que le Christ existe bien réellement en tant qu’archétype au sein de l’inconscient collectif de l’espèce. Ceci est dû probablement au fait que le concept ou symbole du Christ a appartenu à notre espèce en tant qu’être humain et que son histoire a fait le tour du monde. Dans le même ordre d’idées, les dieux grecs anciens sont à mettre au même rayon des archétypes, appartenant à l’inconscient collectif et non pas à considérer comme des dieux, voire même des demi-dieux qui viendraient contredire la pensée monothéiste.

    Ainsi les rêves sont, comme dit Jung[5], « des portes ouvertes sur la nuit originelle cosmique, où l’être humain était un tout et que le Tout était en lui au sein de la nature indifférenciée et impersonnalisée, qui préformait l’âme bien avant l’existence de la conscience ». Cette nuit originelle correspondrait à cet inconscient collectif, à cette « materia prima » ou peut-être aux eaux de la Genèse. Le caractère étrange et impressionnant de certains rêves rend compréhensible l’idée qu’ils soient inspirés. Bien que n’ayant pas conscience de quelle source ils proviennent, il nous faut admettre cependant l’existence de centre psychiques indépendants, échappant au contrôle de notre conscience, apparaissant et disparaissant selon leurs propres lois[6].

    Dans son livre : Les racines de la conscience, Jung définit ce qu’il appelle le corps intérieur comme réceptacle de la lumière, objet du chapitre suivant, en affirmant que tous ces corps intérieurs ne sont « qu’un seul corps et une seule chose dans tous les hommes ». Ce corps intérieur ne désignerait-il pas sous un autre mot l’inconscient, à la fois collectif car « un » selon lui, et individuel car « cependant divisé et distribué, selon le nombre bien ordonné du corps ».

    [1] C.G. Jung – L’âme et la vie : « De fait l’inconscient recèle des possibilités qui sont inaccessibles au conscient ; car il dispose de tous les contenus psychiques subliminaux, de tout ce qui a été oublié ou négligé, et en outre de la sagesse conférée par l’expérience d’innombrables millénaires, sagesse déposée et confiée à des structures archétypes. […] la découverte de ces images archétypes conduit à distinguer deux couches dans l’inconscient, un inconscient personnel et un inconscient impersonnel ou supra-individuel. Nous désignons ce dernier par inconscient collectif»

    [2] C.G. Jung – L’âme et la vie : Chaque vie individuelle incarne en même temps la vie de l’éternité de l’espèce

    [3] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient

    [4] C.G. Jung – L’âme et la vie : A travers la vie révélée du Christ, s’exprime… la vie secrète et inconsciente de chacun, autrement dit, tout ce qui survient dans la vie du Christ se produit toujours et partout.

    [5] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

    [6] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

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  • L’inconscient individuel

    L’inconscient individuel correspond à l’idée la plus communément répandue que l’on se fait de la psyché en attribuant à celle-ci un caractère mystérieux, non palpable, dans lequel ranger tout ce qui n’est pas démontrable, comme l’idée d’une poubelle dans laquelle refouler tout ce que l’on ne veut pas garder présent à notre conscience. Mais l’inconscient n’est pas seulement un lieu de refoulement ou de stockage d’éléments de la vie personnelle – il peut aussi être source d’inspirations ou d’intuitions pour la conscience – il contient des éléments qui appartiennent au passé de l’individu et qui font partie intégrante de sa personnalité [1]. Jung a défini un inconscient individuel par opposition à un inconscient collectif qui sera examiné au chapitre suivant. Parmi les matériaux inconscients, tout ce qui est attaché à l’individu et qui ne relève pas du subconscient peut être classé dans l’inconscient individuel. Prenons par exemple le refoulement de pensées, de problèmes ou soucis non résolus, la mémorisation d’actes oubliés qui peuvent resurgir plus tard à la faveur d’une sensation comme une odeur, un bruit ou une situation caractéristique. Mais aussi les rêves qui rapportent des personnages, des souvenirs ou des préoccupations personnelles, bien que parallèlement un caractère plus collectif puisse aussi être attribué aux rêves.

    Les expériences de Jung lui ont permis de définir un inconscient personnel de polarité différente entre l’anima de l’homme et l’animus de la femme. Cet inconscient différent imprime une façon différente de penser, d’agir et de réagir. Il qualifie alors de féminin l’inconscient de l’homme et de masculin celui de la femme ; expliquant ainsi que l’homme cherche à conquérir la femme qui correspond le mieux à son inconscient personnel.

    Cette féminité de l’homme explique selon Jung que l’ensemble complexe que l’on nomme âme soit de genre féminin, comme si tout était fait, rapporté et référencé en fonction du genre masculin, par un réflexe tout aussi moyenâgeux que de penser que les femmes n’avaient pas d’âme. Sans en fournir la preuve, Jung pense que dans cet inconscient personnel, loin des sédiments collectifs, peuvent exister des souvenirs individuels hérités constituant finalement cette image de la femme avec laquelle l’homme appréhende l’essence féminine. Par exemple, dans le domaine sexuel, Jung remarque comme une constante la confusion entre Eros et sexualité[2] dont l’homme est souvent victime.

    Par ailleurs, Jung a constaté que l’inclination de la femme à se laisser envahir par des suppositions ou opinions[3], est souvent irritante pour l’homme[4] et peut mener à une incompréhension.  Si l’on avait appris à l’école les fondements de la psychologie, bien des soucis de couple seraient éliminés par une meilleure compréhension des sexes, de la fonction et de la place de chacun dans le couple. On oublie trop souvent que les soucis et ensuite les névroses qui en découlent proviennent souvent d’un désaccord avec soi-même[5].

    Un schéma de Jung illustre assez bien les différentes couches de conscience et d’inconscient. Il a l’avantage de distinguer d’une part la dimension individuelle et collective, et d’autre part les différences liées aux sexes. On y distingue très nettement le moi ou égo comme faisant partie de la conscience, l’inconscient individuel distinct selon le sexe et les archétypes, principes de l’inconscient collectif.

    [1] CG Jung – Dialectique du moi et de l’inconscient – il est impossible d’expliquer par le seul mécanisme du refoulement pourquoi tous ces éléments restent au-dessous du seuil du conscient

    [2] CG Jung – L’âme et la vie – La plupart des hommes sont aveugles au point de vue érotique, parce qu’ils commettent l’impardonnable méprise de confondre l’Eros avec la sexualité. L’homme s’imagine posséder une femme lorsqu’il la possède sexuellement. Or, il n’est pas de moment où il la possède moins. Car, pour la femme la relation érotique seule importe. Le mariage est pour elle une relation à laquelle s’ajoute la sexualité.

    [3] CG Jung – L’âme et la vie – Les suppositions et les opinions inconscientes sont les plus grandes ennemies de la nature féminine, parfois véritable passion démoniaque qui irrite les hommes, les indispose et cause aux femmes le très grand dommage d’étouffer peu à peu le charme de leur propre nature et de les rejeter à l’arrière-plan. Une évolution de ce genre conduit finalement à un profond désaccord avec soi-même, autrement dit à la névrose…/…La vrai raison de leur névrose est qu’elles sont incapables de comprendre la tâche culturelle qui leur revient.

    [4] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient – Les opinions toutes faites de l’animus, donc de la femme, ont quelque chose de suprêmement irritant pour l’homme, surtout à cause de leur manque de fondement… Une discussion, claire en soi, se verra compliquée par l’adjonction de nouveaux points de vue qui, à l’occasion, n’ont rien à faire avec la discussion en cours

    [5] CG Jung – L’âme et la vie – Ce désaccord avec soi-même provoque du mécontentement et comme on n’a nullement conscience de l’état dans lequel on se trouve, on en projette généralement les causes sur son conjoint.

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  • Le subconscient

    La première couche d’inconscient, en ce sens qu’elle échappe à notre conscience, est le subconscient. Contrairement à certaines anciennes idées reçues, malheureusement toujours d’actualité, le subconscient n’est pas cette super conscience qui nous transcende et qui joue un rôle d’arbitre ou de pilote. Ces idées étaient peut-être héritées à l’origine des travaux de Freud qui marquaient le début de l’exploration de l’inconscient, donnant implicitement une place prépondérante à cet inconscient « freudien ». Le préfixe « sub » devrait maintenant suffire à caractériser ce niveau de conscience comme étant « en dessous » ou « au bas » en quelque sorte du reste de la conscience.

    C’est le lieu de la perception sensorielle des stimuli élémentaires du monde qui nous entourent, qui utilise notamment le système nerveux pour amener à notre conscience les informations de base de l’environnement extérieur, remontées par nos organes sensoriels, afin que celle-ci prenne les bonnes décisions d’adaptation et d’action en réaction à ces stimuli. C’est la source de l’ensemble des sensations provenant de notre corps comme la douleur, la faim, la soif ou la libido au sens Freudien du terme – Jung désignant par libido l’ensemble des sensations – et des ordres donnés aux fonctions automatiques que sont la respiration, la digestion ou encore les fonctions assurant une immunité de base aux agressions microbiennes.

    En fait, tout ce qui fait vivre notre corps et qui le maintient en bonne santé. Le subconscient est présent dans toute créature animale sous une forme commune dépendante de l’espèce. Comme le rappelait Jung[1], l’instinct de la fourmi moissonneuse lui dicte de couper, de transporter et stocker les éléments végétaux nécessaires à sa survie. Celui-ci est inné, la fourmi ne l’apprend pas à l’école des fourmis mais le reçoit avant toute activité.

    Ainsi, de multiples formes de subconscience depuis le protozoaire jusqu’à l’homme regroupent les fonctions automatiques communes telles que la digestion, la respiration et la reproduction. Parmi les niveaux inconscients, le subconscient correspond donc à nos fonctions automatiques de base comme la respiration, l’alimentation ou encore l’instinct sexuel, et n’est donc pas apparemment une source de différenciation entre l’homme et l’animal. Au contraire cet aspect est bien à priori le lieu commun entre les hommes et les animaux, qui partagent à l’évidence cette forme de conscience automatique plus ou moins élaborée.

    En tant que lieu de coordination de ces fonctions automatiques, le subconscient est notamment le lieu de production des sensations et par conséquent de ce qu’on identifie comme les pulsions. En reprenant l’illustration précédente de l’amputation du membre, la sensation de présence du membre amputé est une fonction de base autonome qui ne résulte pas d’un choix ou d’une décision de notre part.

    Cette forme de conscience qui produit la sensation est automatique et peut être assimilée au subconscient. Le membre n’étant plus là, cet exemple est une illustration concrète de la différence que l’on doit faire entre le membre disparu, donc le corps, et la conscience du membre qui elle est toujours présente. La vraie question qui se pose à travers cet exemple est de savoir si ce subconscient fait partie de la psyché ou non : est-il lié au cycle de vie du corps ou au cycle de vie de la conscience, séparée du corps comme nous l’avons vu précédemment.


    [1] C.G. Jung : Les racines de la conscience – Pattern of behavior et archetype

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  • Segmentation de la conscience

    Une segmentation des niveaux de l’inconscient a été apportée par les travaux de la psychologie analytique, dont C.G. Jung a développé considérablement les concepts de subconscient et d’inconscient, décomposant ce dernier encore en différents aspects[1]. L’inconscient ne peut être réduit à la simple absence de conscience[2], écrivait-il, et tout ce qui surgit de façon inattendue de ce domaine obscur parait provenir du monde extérieur, et par là être réel, même s’il semble provenir d’une hallucination et semble par suite être faux[3].

    L’hypertrophie actuelle de la conscience est selon lui diabolique, résultant de l’orgueil de l’homme, alors que l’inconscient est naturel par excellence. Il subdivise cet inconscient en « Subconscient » ou première couche en dessous de la conscience, « Inconscient individuel » ou personnel reflet de nos actions conscientes, « Inconscient collectif » ou historique de tout le patrimoine de l’humanité et enfin « Inconscient spirituel » qu’il ne particularise pas spécialement par rapport à l’inconscient collectif, mais qui sera développé plus tard par Victor Frankl.

    Jung introduit la notion de Moi conscient ou encore d’égo, terme voulant dire moi en latin, dont le contour est celui de la conscience de veille, et celui de Soi qui est une vision élargie à toutes les couches de conscient et d’inconscient dans un état de communication parfaite entre elles.

    Le sens de la vie est selon Jung de gagner de la connaissance, donc de la conscience sur la matière première que constitue l’inconscient[4], de se dresser en quelque sorte contre le chaos primordial mais toujours présent dans la matière constituée. On voit ainsi poindre la notion de « grand œuvre » et de « Mère universelle » ou « materia prima » chère aux alchimistes. Le parallèle entre la psychologie et l’alchimie, largement étudié par Jung, sera abordé plus en détail dans la suite de cet ouvrage.

    [1] Wikipédia – Inconscient : « Le subconscient correspond aux processus psychiques non accessibles au sujet conscient et relevant de l’automatisme –– L’inconscient se composerait d’un inconscient personnel, d’un inconscient collectif et d’un inconscient spirituel qui nous préviendrait de dangers et trouverait la solution de certains conflits. Jung donne des exemples de rêves qui auraient une fonction d’avertissement »

    Ou encore « inspirations artistiques, intuitions scientifiques, imaginations, rêveries, rêves, hallucinations, actes manqués, bafouillements, colères, mélancolie, angoisses, névroses, psychoses… sont autant de phénomènes que le psychanalyste attribue à l’influence de l’inconscient ».

    [2] Jung – L’âme et la vie : l’inconscient possède une certaine autonomie créatrice, qui ne pourrait jamais lui être attribuée s’il avait seulement la nature d’une ombre

    [3] Jung – L’âme et la vie : Que quelque chose puisse ne pas provenir de l’extérieur, mais soit pourtant vrai, voilà une vérité qui a jusqu’ici à peine commencé à poindre pour l’humanité contemporaine.

    [4] Jung – L’âme et la vie : C’est là le principe paternel du Logos qui, dans une lutte infinie, s’arrache à la chaleur première et à l’obscurité du sein maternel autrement dit : l’inconscient.

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  • Indépendance de la conscience et du corps

    Toutes les pensées, les actions et les manifestations que nous percevons dans ce monde utilisent une même « technologie » de communication, liée à la conscience. La psychologie, en tant que science traitant de la conscience, apporte un raisonnement rationnel fondé sur l’expérimentation pour chercher à comprendre comment ces expériences se sont produites dans la conscience. La psychologie analytique en particulier, et auparavant les travaux résumés par Henri Bergson dans le livre L’énergie spirituelle, permet notamment de comprendre l’indépendance de la conscience et du corps.

    Une question fondamentale s’est posée aux fondateurs de la psychologie analytique, qui était de savoir si la conscience fait partie intégrante du corps humain, à l’instar de chacune de ses fonctions organiques, ou si elle en constitue une entité séparée. C’est ce que pensait notamment Bergson qui a répondu scientifiquement à cette question à partir d’expériences et de raisonnement rationnels. Il est arrivé à la conclusion que la conscience existe en tant qu’entité distincte du corps, liée au corps mais « rien de plus » comme il disait.

    Bergson prit l’image du manteau accroché au clou du porte manteau[1] ; le clou est le cerveau, qui maintient dans le monde vivant la conscience, représentée par le manteau. Bergson assimila alors la conscience à l’âme ou à l’esprit – il ne faisait au départ pas trop la différence, bien qu’ensuite il précisa ce qu’était pour lui l’esprit[2] – et imagina alors comme possible son immortalité.

    Son œuvre est intéressante vis-à-vis de ces questions car elle démontre par l’expérience, donc scientifiquement, des idées qui ont été jusque-là formulées uniquement comme dogme religieux, faisant donc partie du domaine de la Révélation, proclamée mais jamais expliquée par les religions. La réponse à cette première question est donc scientifiquement prouvée par cet éminent personnage qui disait que « à côté des organes du mouvement et de l’organe du choix, il y a autre chose, il y a le choix lui-même ».

    Ses développements pour distinguer l’organe de son rôle sont essentiels ; ils montrent que la conscience a une existence propre, indépendante du corps : « Les choses se passent bien plutôt comme si le cerveau servait à rappeler le souvenir, et non pas à le conserver ». 


    [1] Bergson – L’énergie spirituelle – « Qu’il y ait solidarité entre l’état de conscience et le cerveau, c’est incontestable. Mais il y a solidarité aussi entre le vêtement et le clou auquel il est accroché, car si l’on arrache le clou, le vêtement tombe. Dira-t-on, pour cela, que la forme du clou dessine la forme du vêtement ou nous permette en aucune façon de la pressentir » 

    [2] Bergson – L’énergie spirituelle :  Visiblement une force travaille devant nous, qui cherche à se libérer de ses entraves et aussi à se dépasser elle-même, à donner d’abord tout ce qu’elle a et ensuite plus qu’elle n’a. Comment définir autrement l’esprit ?

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