Par ailleurs, comme le prétendent certaines lectures de la kabbale, comme celle de Charles Mopsik, la Genèse serait un récit allégorique du parcours de l’homme jusqu’à son incarnation dans le corps humain, à commencer par le deuxième chapitre qui décrirait la création d’une âme androgyne de l’homme. Cette âme serait ensuite séparée en deux demi-âmes sexuées, en parlant de la création de la femme à partir d’un « côté » de l’homme, et non de la côte.
Cette séparation serait requise, pour pénétrer le monde de la matière et s’incarner dans un corps animal, symboliquement après la chute. Cette interprétation est séduisante, bien que l’existence d’une âme mère androgyne soit sujette à vérification. En effet, il n’est nulle part question, en dehors de la kabbale, d’un type d’âme qui pourrait être qualifiée de mère, comparée à des demi-âmes filles. Tout au plus, une trace de cette âme mère pourrait-elle être imaginée de manière éphémère dans le récit de la création de l’homme à partir du limon, qui devient alors « âme vivante », avant sa séparation entre homme et femme.
Charles Mopsik, inspiré par les kabbalistes castillans du moyen âge, affirmait que l’unité humaine mais aussi l’unité avec Dieu sont désignées toutes deux par la « chair une » de la Genèse, car ayant une structure identique, provenant de la réunion de principes masculin et féminin[1]. Cette interprétation très concrète de la kabbale donne un sens au « mariage idéal » des époux et à l’Unité retrouvée qui pourrait correspondre à cette « chair une » comme le suggère cette lecture de la kabbale[2].
Mais de quelle unité s’agit-il : l’unité avec une épouse ce qui est déjà beaucoup et permet d’être convaincu de trouver en elle l’âme-sœur justement pour reconstituer une âme unique, mais aussi l’unité avec un grand « U » représentant la conscience de la présence de Dieu, du « tout », du monde divin, peut-être l’union spirituelle dont parle saint Augustin, pour participer au monde de l’Esprit.
C’est pourquoi, selon la lecture de la kabbale de C.Mopsik[3], les époux ayant été gratifiés d’un tel mariage idéal auraient mérité d’avoir des enfants remplis d’intelligence, tous nés pleins d’intelligence et de perfection « puisqu’ils sont nés d’un couple dont l’âme a vu sa plénitude et son unité reconstituées ici-bas ». Dans ce cas, il faut en déduire que la création des demi-âmes sœurs, requises pour s’incarner, se retrouver et se marier « idéalement » dans le monde sensible et intervenue symboliquement avant la chute, était prévue d’avance et que par conséquent la « descente » dans la matière était elle aussi planifiée.
Cela n’élimine pas pour autant l’idée d’une chute, puisqu’elle était planifiée, mais plutôt celle du caractère accidentel[4] et répréhensible de celle-ci ; et par conséquent du caractère accidentel de la division de l’androgyne en homme et femme[5].
[1] Charles Mopsik – Le sexe des âmes : Ici, le « un » de la « chair une » est considérée comme l’union de l’homme avec Dieu. Ce que l’on convient d’appeler « union mystique » est tenu comme le secret de l’union charnelle de l’homme et de la femme.
[2] Charles Mopsik – Le sexe des âmes : L’union mystique, poussée jusqu’à son point le plus extrême, est appréhendée comme une union charnelle avec Dieu… d’une part digne de constituer l’expérience humaine la plus propre à donner un aperçu de l’expérience ultime de l’union avec Dieu, et d’autre part que l’adhésion à la divinité peut être effectivement éprouvée dans la sensibilité… à tel point qu’elle est vécue comme une union charnelle.
[3] Charles Mopsik – David et Bethsabée.
[4] C. Mopsik – David et Bethsabée : La division de l’androgyne primitif n’est pas le résultat d’une révolte contre la divinité et elle n’est pas la punition qui la sanctionne.
[5] C. Mopsik – David et Bethsabée : Ce n’est pas une femme que l’homme épouse, mais sa femme, celle qui est déjà sa moitié depuis le commencement des temps (lisez : dès les six jours de la Genèse, comme dans le Talmud). La question du choix de l’épouse prend une forme plus dramatique quand il s’agit de rien de moins que d’assurer la plénitude et donc le salut de son âme ». « L’homme n’est pas seul ontologiquement, il procède d’un couple, et sa vocation est de reconstituer ce couple ». « Mais son passage en ce monde risque d’être pour lui une rude épreuve de solitude s’il ne s’efforce pas d’agir dans le but de provoquer l’union des aspects masculin et féminin de la réalité divine. »
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