méditation chrétienne

  • Structure de l’âme

    L’âme est alors l’ensemble formé par toute forme de conscience, à la fois collectif et individuel, sans distinction ni séparation entre ces deux aspects. La substance portant les consciences est un flux dynamique d’informations et non une entité statique et à la mort ces flux disparaissent avec le corps après s’être déversés dans l’inconscient individuel qui peut ainsi perdurer notamment en jouant le rôle de mémoire de cette âme individuelle, partie d’une mémoire universelle beaucoup plus vaste.

    Quant au subconscient, bien que Jung l’attribue clairement à l’âme comme étant la « partie obscure de l’âme »[1], influencée dans le mauvais sens par une lumière noire, ce qui n’est pas sans rappeler la saga des Star Wars et son « côté obscur de la force ». Il ferait partie de l’âme pendant la vie tout comme la conscience, et constituerait la matière première du processus d’individuation de l’être humain, de son alchimie. C’est conforme aux idées de Platon sur la lutte entre les pulsions et la raison.

    Ainsi l’âme est composée de la conscience ou égo des psychologues, du subconscient, de l’inconscient individuel et de l’inconscient collectif et enfin de l’inconscient spirituel guidé par l’esprit individualisé. C’est la psychologie analytique qui ajoute le concept du « Soi » en désignant en quelque sorte l’ensemble de ces couches de conscience regroupant le conscient et l’inconscient[2]. Il parait intéressant de souligner dans cette définition que c’est le Soi qui préfigure le Moi et non l’inverse.

    Ce qui tend à montrer que c’est bien l’âme qui imprime sa coloration, sa personnalité, dirait-on, à notre conscience et qui s’enrichit de celle-ci. La définition du « Soi » de Jung, complétée par les travaux de V.Franckl, représente la totalité de la personne humaine donc de l’âme, moteur de la transmutation, de l’individuation selon ses propres termes, symbolisée par la « pierre philosophale » issue du processus alchimique de purification et de réintégration de l’être humain, aboutissant au symbole d’Adam avant la chute et selon Jung au Christ lui-même[3].

    L’âme est donc la conscience totale de l’homme, conscience élargie à toutes formes d’inconscient, notamment individuel et collectif. Elle a un caractère double en ce sens qu’elle est individuelle et personnifiée, figurant ainsi la personnalité de l’être humain, mais elle est aussi une partie d’une âme collective, regroupant toutes les âmes individuelles, en quelque sorte l’âme du monde au sens de Platon, comme on le verra plus loin.

    Le schéma précédent résume la structure de l’âme ou conscience élargie telle que définie par la psychologie analytique et son positionnement par rapport à l’esprit et au corps ; mais il ne rend pas compte de la tradition cabaliste et de son interprétation de la Genèse.

    [1] CG Jung – Les racines de la conscience – La nature du psychisme

    [2] Voici ce qu’on peut en lire sur Wikipedia : Carl Gustav Jung utilise le mot Soi pour distinguer une personne au-delà de ce qu’elle en perçoit (cette perception étant le Moi). Ce concept du Soi est utilisé en psychologie et en psychanalyse avec des nuances d’acceptions en fonction des courants de pensée. C’est en particulier un des piliers de la psychologie analytique et de la psychologie sociale :

    « le Soi est la donnée existant a priori dont naît le Moi. Il préforme en quelque sorte le Moi … Le Soi est un concept limite qui regroupe en un même ensemble le conscient et l’inconscient : inconscient personnel et inconscient collectif. Il traduit l’expérience de la totalité, la capacité de représentation de la totalité, autant que le processus psychique qui va dans le sens d’une conscience englobant de plus en plus d’éléments inconscients.

    Le Soi intervient dans le processus d’individuation : il en est le moteur, l’organisateur et, dans une certaine mesure, le but… D’un point de vue topique, le Soi est un ensemble regroupant tous les constituants du psychisme. Il serait donc ainsi synonyme de l’âme. »

    [3] Jung et la croyance religieuse (1956/1957) : “Comme le Christ n’a jamais signifié pour moi plus que je pouvais comprendre de lui et que cette compréhension coïncide avec le savoir empirique que j’ai du Soi, je dois reconnaître que c’est le Soi que j’ai en tête lorsque je m’occupe de l’idée du Christ. Au demeurant, je n’ai pas d’autre accès au Christ que le Soi, et comme je ne connais rien qui soit au-delà du Soi, je m’en tiens à ce concept”.

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  • Essence de l’âme

    Saint Thomas d’Aquin a décomposé son raisonnement en différentes questions dont une des premières était de savoir si l’âme est une réalité corporelle. Aujourd’hui, la notion de corporéité a semble-t-il un sens beaucoup plus élargi qu’au temps de saint Thomas et la corporéité de l’âme ne fait plus de doutes, en témoigne justement le Littré qui la définit[1] comme tel. Nous dirions même que la notion de corporéité et celle de réalité se rejoignent si l’on se dégage un tant soit peu de la réalité sensible.

    On ne peut imaginer en effet qu’une entité puisse être « subsistante », comme précisé dans la Somme théologique, si elle n’a pas une quelconque réalité qualifiée de corporelle. Dans ce sens il semble que l’âme soit immatérielle et incorporelle au sens de matière sensible ; mais qu’elle ait une forme de corporéité dans une autre matière, intangible celle-là. Cette opinion est corroborée par la notion de subsistance définie par saint Thomas[2], à propos de laquelle il disait que l’âme ne pourrait subsister si elle n’était que l’acte d’un corps, le seul à subsister dans ce cas.

    Selon saint Augustin, le raisonnement Est par le fait même qu’il est « quelque part »[3] dans ce qui vit – ce qui rappelle les conclusions de Bergson sur la séparation entre le choix et l’organe du choix, entre la conscience et le corps. Il ne peut pas être s’il n’est pas dans ce qui vit. Autrement dit tout ce qui n’est pas vivant ne peut raisonner et il ne peut y avoir de raisonnement dans ce qui ne vit pas. Dans l’Argument de la sottise, il se demande si la vie peut exister sans âme. Aussi l’âme décline-t-elle lorsqu’elle s’éloigne de la vie[4].

    Au contraire la réponse aux pulsions n’est qu’éphémère car le corps meure et ses sensations avec lui, de même que les biens matériels acquis sur terre ne nous suivent pas après la mort. Saint Augustin disait que tout ce qui est animé vit, tandis que tout ce qui est inanimé et pouvant être animé est considéré comme mort[5]. Inversement, l’âme ne « vit » que lorsqu’elle agit dans le monde incarné. En dehors de la vie, cette âme n’a aucune activité, se contentant de conserver la mémoire de ses activités passées.

    Saint Augustin fournit une définition rationnelle de l’âme en sept degrés[6]. Le premier degré est commun avec les plantes et les animaux. Il régit les fonctions alimentaires de base comme la répartition des aliments dans le corps, les fonctions de reproduction qui font que toute espèce se reproduit à l’identique selon son espèce. Le deuxième degré est commun avec les animaux. Il comprend les sensations qui relèvent de nos cinq sens.

    Il provoque l’harmonie dans l’amour et est le siège de nos instincts de parents conduisant à faire des petits, à les élever et à les protéger. A ce degré un premier niveau de mémoire est utilisé comme force d’habitude liée à l’espèce pour perpétuer ses agissements. Le troisième degré est le premier degré spécifique à l’homme. Il est commun avec les ignorants et les méchants. C’est le lieu de tout ce qui est entrepris par l’homme en termes de métiers, tout ce qui n’est pas dû à une simple habitude héritée de l’espèce.

    [1] Littré – « Corporéité » (Bonnet, Ess. Psych. Introduction) : L’âme ne forme des idées spirituelles qu’à l’aide de mots qui en sont les signes, et ces mots prouvent la corporéité de ces idées

    [2] Question 75 – article 2 : L’âme est-elle une réalité subsistante ?

    [3] Saint Augustin – « Voilà exprimé le lien entre l’âme et le raisonnement d’une part et l’intelligence et la science de l’humanité d’autre part. »

    [4] Saint Augustin – « L’âme tournée vers la raison et s’y attachant a davantage d’être puisqu’elle s’attache à quelque chose d’immuable, la vérité qui est au plus haut point et au premier rang »

    [5] Saint Augustin – « Si l’âme mourrait lorsque la vie déserte le corps, on ferait mieux de penser que la vie, qui déserte le corps, Est l’âme même. En sorte que l’âme n’est plus ce qui est déserté par la vie mais la vie même ».

    [6] Saint Augustin – Les confessions – La dimension de l’âme.

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  • Révélations

    Jean Chapas a résumé la doctrine du maître Philippe de Lyon au cours d’un entretien avec Michel de Saint Martin. Constatons tout d’abord la place donnée à l’esprit individualisé, que J.Chapas appelle « lumière divine », ce qui ne laisse aucun doute sur sa nature spirituelle distincte de l’âme. Il l’appelle lui-même esprit pur et lumineux en parlant de la vie donnée par le Père à sa créature.

    En revanche, ce que J.Chapas nomme âme, en particulier dans ce tableau, apparait comme répartie en quatre niveaux, ce qui diffère en apparence des conclusions de la psychologie analytique. Ce qu’il nomme Entité ou âme intellectuelle supérieure angélique semble prête à recevoir les intuitions de la ligne supérieure de l’esprit, et correspondre ainsi à ce que la psychologie analytique a nommé l’Inconscient spirituel. L’âme intellectuelle inférieure humaine est qualifiée quant à elle de centre de l’Amour avec un grand « A », lieu d’expression des valeurs altruistes, et pourrait se confondre avec l’inconscient individuel de Jung.

    L’âme intellectuelle est par ailleurs le concept le plus approchant de la notion d’âme que l’on apprenait dans l’enfance. C’est donc le lieu des sentiments. En revanche, l’association faite par J.Chapas entre l’âme sensitive, donc animale, et le centre de l’intelligence, semble inappropriée, car on ne peut pas dire, à part quelques rares exception comme le cas du chimpanzé, que les animaux soient doués d’intelligence, mais tout au plus une intelligence collective liée à l’espèce.

    Le centre de l’intelligence apparait bien à sa place dans la hiérarchie des composantes de l’âme mais n’est pas à priori un attribut des animaux. Il vaudrait mieux parler de conscience tout simplement pour exprimer la capacité de l’être humain à exercer son intelligence donc à raisonner et de décomposer en deux cette ligne identifiée par Jean Chapas. Le centre de l’intelligence semble recouvrir la conscience qui exerce donc son intelligence pour prendre des décisions.

    Dans ce sens, l’âme sensitive animale est par définition commune à l’homme et l’animal, elle a pour fonction de penser pour analyser les sensations en provenance du corps et à communiquer au même corps des actions à réaliser selon un processus lié à l’espèce pour ce qui est des animaux, et résultant des décisions opérées par la conscience pour l’homme. C’est l’Inconscient collectif, regroupant le modèle des actions lié à l’espèce.

    De même, l’association entre l’âme végétative et le point de jonction des autres composantes semble coller avec la définition la plus répandue de l’âme végétative, à savoir l’ensemble des fonctions automatiques liées à la nutrition et à la reproduction de l’espèce. Ce point de jonction pourrait être considéré comme le subconscient dans la mesure où celui-ci recueille l’ensemble des sensations issues des organes du corps, et transmets les ordres aux mêmes organes comme le définit la psychologie analytique.

    Dans cette analyse, force est de constater que le souffle vital n’a pas sa place dans ce tableau car il est plutôt à considérer comme le reflet de l’esprit dans la matière, récupéré par l’âme végétative pour le maintien de la vie dans le corps physique, et non une composante de l’âme. Ce qui peut être attribué au domaine de l’âme se décompose alors en trois premiers étages : 6, 5, 4 qui semblent recouvrir les trois règnes du végétal, de l’animal et de l’humain, au travers des inconscients collectifs liés à l’espèce. Les deux étages supérieurs : 3 et 2 étant exclusivement réservés à l’homme.

    1

    Esprit individualisé

    Esprit

    Esprit

    Lumière divine : étincelle divine

    2

    Ame spirituelle

    Icst Spirituel

    Ame

    Ame intellectuelle supérieure angélique 

    3

    Ame intellectuelle

    Icst Individuel

    Ame intellectuelle inférieure humaine

    4

    Conscience

    Conscience

    Centre de l’intelligence (intellect)

    5

    Ame sensitive

    Icst Collectif

    Ame sensitive animale –

    6

    Ame végétative

    Subconscient

    Ame végétative : Point de jonction

    7

    Matière et – souffle vital

    Corps

    Corps

    Corps élémentaire physique

    Si l’on essaie de placer les résultats de la psychologie analytique ainsi que les sept chakras dans ce tableau on obtiendrait l’analogie suivante :

     

     

    Chakras

    Fonction

     

    Types psy.

    1

    Esprit individualisé

    Lotus

    Intégration

    Esprit

     

    2

    Ame spirituelle

    Mental

    Adhésion

    Icst Spirituel

    Intuition

    3

    Ame intellectuelle

    Larynx

    Relation

    Icst Individuel

    Sentiment

    4

    Conscience

    Plexus cardiaque

    Raison

    Conscience

    Sujet

    5

    Ame sensitive

    Plexus solaire

    Emotion

    Icst  Collectif

    Pensée

    6

    Ame végétative

    Abdomen

    Sensation

    Subconscient

    Sensation

    7

    Matière souffle vital

    Fondement

    Physique

    Corps

     

    … / …

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  • Du « genre » des âmes

    Platon affirmait que les âmes des êtres humains sont en nombre fini et qu’elles sont sexuées : l’âme d’origine, ou de première naissance étant de principe masculin et l’âme de seconde naissance, issue de la première, de principe féminin. Ce n’est pas sans rappeler la tradition biblique d’Eve ayant été créée à partir de la côte d’Adam, à condition d’appliquer à l’âme les informations du deuxième chapitre de la Genèse. Cette hypothèse appliquée aux âmes signifierait que celles-ci pourraient très bien être genrées.

    C’est ce que pensaient aussi les cabalistes castillans au moyen âge comme l’a bien commenté Charles Mopsik dans ses traductions d’ouvrages de cette époque évoquant la constitution des âmes humaines. Il s’intéressa notamment à Joseph Gikatila et à son interprétation de la Genèse et particulièrement du Zohar, concernant la création des âmes humaines. Dans son ouvrage David et Bethsabée, ce cabaliste reconnu présente la tradition ésotérique juive sur la vraie nature des âmes, au travers de ce qu’il nomme le « mariage idéal ».

    L’âme humaine aurait d’abord été créé androgyne selon lui, donc mâle et femelle, avant d’être séparée en deux demi-âmes spécialement pour l’incarnation dans le monde sensible. Chacune de ces demi-âmes seraient d’un genre différent, prédestinée à s’incarner dans un corps d’homme ou de femme selon son genre. Le mariage idéal serait consommé lorsque deux demi-âmes prédestinées, issues d’une même âme androgyne, se retrouvent et s’unissent dans le monde sensible par le mariage[1].

    Il faut cependant remarquer une différence de langage entre Jung, qui attribue à l’inconscient individuel le genre opposé au sexe physique, en parlant par exemple du caractère féminin de l’anima d’un corps masculin, et C.Mopsik qui lui attribue le même genre, en parlant par exemple de femme féminine pour ce qui est la norme et de femme masculine pour ce qui est de l’exception. Peut-être que Jung a anticipé les conclusions de C.Mopsik sur la séparation d’une unité originelle (comprenant : conscience et inconscient) en deux genres opposés, alors que C.Mopsik n’utilise pas d’adjectif pour caractériser le genre des âmes qu’il caractérise simplement par le sexe du corps.

     « Le premier couple humain est donc le modèle exemplaire de tous les couples assortis » écrit C.Mopsik[2]. Quand Adam fut créé, Eve sa compagne (âmes) le fut simultanément[3]. « Lorsque l’âme de l’homme est produite au sein du plérome divin, l’âme de sa conjointe l’est aussi ». Ou comme dit le cabaliste J.Gikatila : « Quand un mâle est créé, sa partenaire féminine est créée en même temps que lui parce qu’on ne fabrique jamais d’en haut une demi-forme mais seulement une forme entière ». Ceci montrerait si besoin que tout être humain a sa vraie « moitié » originelle qui l’attend. Et aussi que « c’est le pouvoir théurgique des actes vertueux qui … donne à l’homme le mérite de s’accoupler à sa partenaire féminine originelle ».

    [1] J. Gikatila – David et Bethsabée : Et si l’homme qui a été créé met ses affaires en ordre et accomplit les commandements … alors par ce mérite, cet homme est digne de trouver sa partenaire féminine, à savoir la femelle dans laquelle a été jetée l’âme qui était sa partenaire au début de sa création au sein de la forme androgyne… C’est ce que signifie : « Le seigneur bâtit en femme le côté qu’il avait pris à l’homme et il l’amena à l’homme…

    [2] C. Mopsik – « La division de l’androgyne primitif n’est pas le résultat d’une révolte contre la divinité et elle n’est pas la punition qui la sanctionne afin d’affaiblir la puissance des hommes comme dans le récit platonicien ».

    [3] C. Mopsik – « Cette conception de la nature originelle de l’âme comme étant bisexuée, écrit C. Mopsik, va aboutir … à introduire cette notion de bisexualité au sein même de l’individu séparé, comme si, malgré la séparation, il recelait toujours quelques vestiges de la partie détachée. »

    … / …

    Définissons d’abord les différents profils d’individus en présence par l’ensemble des combinaisons des deux caractéristiques de base que sont : le sexe du corps, et le genre de l’âme, partant du principe que lorsqu’on connait le genre de l’âme, ou la polarité de la conscience si vous préférez, on connait celui de l’inconscient qui lui est opposé.

    On obtient ainsi quatre profils dont deux d’entre eux peuvent être qualifiés de « normaux » aux yeux du commun des mortels et deux autres sont particuliers : l’homme avec une âme féminine et la femme avec une âme masculine.

    La combinaison entre ces différents profils permet d’identifier six cas génériques de couples numérotés de 0 à 5 :

    Type (0) : Le couple hétérosexuel normal qui peut avoir des enfants, filles ou garçon et dont les âmes peuvent être sœurs car de genres opposés ;

    Type (1) : Le couple hétérosexuel qui peut avoir des enfants, filles ou garçon mais dont les âmes ne peuvent être sœurs car de même genre ;

    Type (2) : Le couple hétérosexuel dans la vie mais qui ne peut avoir d’enfants mâles et les âmes ne peuvent être sœurs ;

    Type (3) : Le couple homosexuel dans la vie mais avec des âmes qui peuvent être sœurs car de genres opposés – mariage idéal qui semble possible ; qui naturellement ne peut avoir d’enfants,

    Types (4) et (5) : Les couples homosexuels femmes ou hommes ayant des âmes de genres identiques ne pouvant avoir d’enfants.

    La combinaison des quatre types d’individus donne 16 cas de couples, que l’on peut classer selon les six types précédents :

    Les cabalistes médiévaux pensaient que ces distorsions entre sexes des corps et genres des âmes étaient le résultat de certaines transgressions, principalement sexuelles, effectuées dans d’autres vies antérieures et étaient une voie de purification et de réparation. Les conséquences de ces « intrications punitives résident essentiellement dans la stérilité[1] et l’inversion sexuelle ou transsexualité ».

    Cette théorie justifie une certaine forme de « mariage » des homosexuels authentiques, incarnations d’âmes de genres opposés. Il est remarquable de constater qu’une telle union a fait l’objet au moyen âge d’un rituel officiel de la religion chrétienne, donc religieux par excellence, appelé « affrèrement » comme l’union de deux frères, et qu’ainsi il ne heurtait pas les sensibilités par amalgame avec le mariage.

    [1] G. Scholem – La mystique juive

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  • Immortalité de l’âme

    Si l’âme est faite de matière immuable, elle est donc immortelle par construction, pour employer une expression de mathématicien, n’appartenant pas au monde mortel, ou muable. Platon affirmait aussi dans le Timée que l’âme est immortelle, et que la durée moyenne de la vie de l’être humain a été voulue en rapport avec ses chances d’accomplir sa mission terrestre[1]. La formule utilisée par Platon fait référence à deux concepts : la révolution et le flux ou reflux. La révolution des âmes semble faire référence à un changement entre âme et corps, donc dans l’affectation de l’âme au corps. Platon croyait-il déjà à la réincarnation de l’âme, après tout, en parlant de révolution.

    La notion de flux quant à elle rappelle la théorie scientifique des microtubules, où la conscience est identifiée à un flux de condensats à travers les neurones. Cette formule conduit donc à imaginer l’âme comme une intelligence collective qui par ses innombrables tentacules d’âmes individuelles se nourrit par un flux perpétuel traversant les corps.

    Saint Augustin a consacré spécialement un ouvrage à ce sujet : L’immortalité de l’âme, dans lequel il confirme que lorsque nous raisonnons c’est notre âme qui raisonne. Le raisonnement est une discipline, sorte de logique utilisée pour raisonner[2], logée dans l’âme humaine, immuable comme les disciplines le sont. Le corps dit-il s’oppose à l’âme dans son désir d’avoir des pensées nobles. Il la freine par les pulsions qu’il lui transmet. Il ne l’aime pas, dans le sens qu’il contrarie sa vocation de se consacrer à la raison. Saint Augustin rappelle en cela la même définition que Platon sur le combat entre la raison et les pulsions[3].

    Selon saint Augustin, le raisonnement Est par le fait même qu’il est « quelque part »[4] dans ce qui vit, ce qui rappelle étrangement les conclusions de Bergson sur la séparation entre la conscience et le corps. Inversement, l’âme ne « fonctionne » que lorsqu’elle est incarnée dans une vie. En dehors de la vie, cette âme n’a aucune activité, se contentant de conserver la mémoire de ses activités incarnées.

    C’est la notion de mémoire de l’âme qui est ici suggérée : c’est-à-dire l’idée selon laquelle nos actions sont gravées dans cette mémoire, comme dans la philosophie bouddhiste du Karma qui enseigne que l’âme est immortelle et que la conscience se déverse à la mort dans ce qu’elle appelle les annales akashiques où toute la mémoire de l’humanité est conservée, ce qui correspond parfaitement à la notion d’inconscient collectif des psychologues analytiques.

    Mais cela ne prouve pas forcément la véracité de la réincarnation, ou métempsychose selon les interprétations, bien que celle-ci soit intimement liée à la notion de Karma. La notion d’immortalité de l’âme ne signifie pas non plus réincarnation dans des corps et dans des vies successives, au vu de ce qu’enseigne la doctrine catholique qui nous dit certes que l’âme est immortelle, mais suppose que sa mission est exécutée en une seule vie et qu’elle « attend » en quelque sorte le jugement dernier pour savoir si son comportement a été exemplaire.

    [1] Platon – Timée – « … puis de l’âme immortelle, ils enchaînèrent les révolutions dans ce corps en perpétuel flux et reflux. »

    [2] Saint Augustin – L’immortalité de l’âme – « Tout ce que sait l’âme, elle l’a en elle et la science n’embrasse rien qui n’appartienne à une discipline. »

    [3] Saint Augustin – L’immortalité de l’âme – « Comment le corps pourrait-il donc aimer l’âme dans son effort de saisie intellectuelle ? C’est assez s’il ne l’empêche pas… »

    [4] Saint Augustin – « Voilà exprimé le lien entre l’âme et le raisonnement d’une part et l’intelligence et la science de l’humanité d’autre part. »

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  • Fonction de l’âme

    Le Timée n’est certainement pas un simple poème tiré de l’imagination, car au vu des recoupements que l’on peut faire avec les autres récits, il est certainement la traduction d’enseignements précieux reçus par son auteur. En premier, Platon nous permet déjà de répondre à la question : « à quoi peut bien servir l’âme », par le symbolisme de l’« attelage ailé » de Socrate, qu’il nous a transmis pour décrire l’être humain[1]. Ce modèle platonicien montre à lui seul que l’homme est tiraillé entre le bien et le mal, qu’il y a quelque chose, en l’occurrence l’âme, qui doit garder le cap donc conduire la vie de l’homme, et que ce quelque chose agit entre le corps et l’esprit. Ce grand philosophe a appréhendé ce qu’est l’âme ; ce qui a l’immense avantage de fixer des bases de réflexion solides sur lesquelles appuyer de futurs raisonnements. De plus cet attelage est « ailé », ce qui laisse augurer que le cocher est quelque part entre le ciel et la terre.

    Maitriser les tentations du corps ne peut se faire qu’individuellement en chacun de nous en prenant nos propres décisions. L’âme est donc le siège de notre libre arbitre car elle décide, comme le cocher tire sur les rênes pour conduire ses chevaux, et constitue au fil de ses décisions notre personnalité, et c’est pour cela que l’on parle souvent d’une « âme personnalité ». Nous sommes maitres et conscients de nos décisions, l’âme contiendrait notre conscience, siège de nos décisions, et l’on peut donc la « toucher du doigt » car rien n’est plus près de nous que notre conscience. On peut alors se demander si l’âme ne serait pas la clef de voûte de notre condition humaine dans la mesure où c’est sur elle que repose la mission de l’humanité que Platon résume par « vaincre par la raison les pulsions qui sont en nous ».

    C’est en effet elle qui est chargée de faire la part entre le bien et le mal, de lutter contre les tentations de l’animalité. Chacun est tellement emprisonné dans son quotidien, occupé à résoudre ses problèmes, occupé à vivre tout simplement, c’est-à-dire à faire fonctionner son corps et ceux de sa famille, qu’il lui est difficile de penser qu’il peut exister une réalité toute autre, et qui plus est que cette réalité est primordiale à sa réalité quotidienne apparente. D’ailleurs, il faut bien reconnaitre que l’enfant met une vingtaine d’année à apprendre à vivre sur tous les plans et que ce qu’il apprend ne comprend malheureusement pas du tout ce type d’enseignement. C’est fort regrettable à priori mais peut-être est-ce voulu dans l’ordre des choses pour que puisse naitre ce combat entre la raison et les pulsions que résume Platon, afin que l’homme en sorte un jour vainqueur. Ce combat est donc proposé à l’homme donc à l’humanité toute entière. En conséquence on touche là un grand paradoxe : l’être humain a le destin de l’humanité entre ses mains et ne s’en rend pas compte.

    Mais alors, de quoi est constituée cette entité autonome. Serait-elle dotée d’une substance d’une autre texture, analogue à l’image de ce qu’on peut imaginer des fantômes, ou est-ce une simple « vue de l’esprit », comme on dit souvent vulgairement pour signifier qu’une pensée n’a pas de réalité tangible…

    Platon pensait déjà en son temps que l’homme est fait d’une âme de même substance que ce qu’il définit comme l’âme du monde ou encore âme universelle, créée en premier lors de la création du monde avant sa division en une multitude, mais selon lui de second ordre donc imparfaite. Son champ d’investigation est, dans ce sens, le plus vaste que l’on puisse imaginer puisqu’il va de la sensation de la matière jusqu’à celle de l’immensité de la création, par les intuitions en provenance de l’esprit.  Cela veut dire que l’homme est omniprésent dans la création, qu’il est « amphibie » au sens où il participe des deux mondes, sensible au monde visible et inspiré par les intuitions du monde invisible. Platon écrivait dans le Timée que cette âme est composée d’au moins trois composantes : celle permettant de raisonner, localisée dans la tête ; celle qui est origine des sentiments, localisée principalement dans la moelle épinière ; et celle qui est le siège de nos pulsions organiques, sexuelles, localisée dans l’abdomen.

    A l’époque de Platon on pensait que cette âme était localisée dans un organe, mais on sait maintenant par exemple que ce n’est pas le cas. Comme l’avait démontré en premier Bergson, le choix, attribut de l’âme, est différent de l’organe du choix, notamment le cerveau. C’est le choix qui est responsable de produire les pensées les plus nobles en faveur des plus défavorisés, d’être vertueux, et de se comporter en véritable chevalier protégeant les faibles et les opprimés.

    En rapprochant ce témoignage d’autres récits sur l’âme, il apparait que celle-ci doit disposer de nombreux points de contact avec tout le corps physique pour lui permettre de ressentir les choses, le froid, le chaud, etc…, d’apporter les sensations à la conscience pour lui permettre de répondre à ces sensations par des décisions. Ces points de contact font penser alors au système nerveux végétatif dont la fonction est justement de remonter les sensations apportées par nos organes. C’est probablement pourquoi les anciens parlaient de l’âme végétative formée par tout ce système nerveux dont on sait maintenant qu’il a pour fonction de transporter des informations qui contribuent elles-mêmes la conscience. A ce stade il est intéressant de distinguer la « sensation » de la « perception », ou encore l’« information » du domaine de l’âme, et le « support » utilisé pour transporter cette information, qui à priori appartient au corps. Notamment, la sensation de toucher, qui est l’information reçue par notre cerveau, passe par des couches d’organes bien connus de la médecine : la peau, les nerfs, les neurones qui sont des organes physiques.  

    Ces propos vieux de deux mille cinq cent ans sont maintenant confirmés par les récentes découvertes de scientifiques au sujet des « microtubules » communes à la conscience individuelle, donc l’âme, et à une certaine « substance » contenue dans l’univers, que l’on est tenté de comparer à une conscience universelle, donc en quelque sorte à l’âme du monde de Platon. Comme l’ont montré ces scientifiques, les condensats contenus dans les microtubules et traversant nos neurones se fondent dans une même substance dans l’univers, lors d’une perte de conscience occasionnée par le sommeil, le coma, une anesthésie, une expérience de mort imminente (Near Death Experience ou NDE) ou la mort. La conscience, constituée de cette substance, commune à l’univers, a donc un caractère immuable dépassant le cadre de notre matière muable terrestre et serait ainsi cette âme universelle, ou âme du monde dont parlait Platon.

    [1] Platon – Timée – « Le mythe de l’attelage ailé représente la triple partition de l’homme comprenant : le cocher (l’âme) qui dirige l’attelage composé d’un bon cheval (l’esprit) et d’un mauvais cheval (le corps). »

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  • L’inconscient collectif

    Après avoir démontré l’indépendance de la conscience et du corps, Bergson s’intéressa aux liens pouvant exister entre l’ensemble des consciences individuelles, attachées aux corps, de l’ensemble des êtres humains. Introduisait-il par cette réflexion l’idée que toutes les consciences individuelles pouvaient être solidaires autour ou au sein d’un même ensemble. Dans ce sens, la psychologie analytique a permis d’identifier un inconscient collectif au sein duquel sont comme archivés des schémas de pensée. C’est Jung qui explora plus spécifiquement cet inconscient collectif qu’il définissait comme des archétypes[1].

    L’archétype est lié à la notion d’espèce[2] affirma-t-il, ce qui expliquerait notamment que les animaux ont tous des réflexes propres à leur espèce qui proviennent de l’inconscient collectif de leur espèce : l’oiseau sait voler instinctivement et les protozoaires savent acquérir de la nourriture pour vivre. La conscience hérite selon lui, sous forme d’images virtuelles, de « toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale[3] ». Pour ce qui est de l’homme, un des archétypes très présent à l’esprit est le Christ et il est intéressant de noter les propos de Jung qui tendent à montrer qu’au-delà des aspects historiques de la vie de l’homme Jésus, contestables par un non croyant car sans réelle preuve évidente, au-delà de ses aspects symboliques, dogmatiques et religieux encore plus contestables, le Christ fait indéniablement partie intégrante de l’archétype humain, donc de l’inconscient collectif et par-là de la conscience[4] élargie du Soi.

    Cette thèse accréditerait l’hypothèse selon laquelle certaines visions surnaturelles comme celles du Christ seraient issues de quelque chose de vrai – bien qu’elles apparaissent comme un évènement extérieur – auquel ont potentiellement accès de l’intérieur tous les êtres humains de par le fait même qu’ils appartiennent à l’espèce humaine et que le Christ existe bien réellement en tant qu’archétype au sein de l’inconscient collectif de l’espèce. Ceci est dû probablement au fait que le concept ou symbole du Christ a appartenu à notre espèce en tant qu’être humain et que son histoire a fait le tour du monde. Dans le même ordre d’idées, les dieux grecs anciens sont à mettre au même rayon des archétypes, appartenant à l’inconscient collectif et non pas à considérer comme des dieux, voire même des demi-dieux qui viendraient contredire la pensée monothéiste.

    Ainsi les rêves sont, comme dit Jung[5], « des portes ouvertes sur la nuit originelle cosmique, où l’être humain était un tout et que le Tout était en lui au sein de la nature indifférenciée et impersonnalisée, qui préformait l’âme bien avant l’existence de la conscience ». Cette nuit originelle correspondrait à cet inconscient collectif, à cette « materia prima » ou peut-être aux eaux de la Genèse. Le caractère étrange et impressionnant de certains rêves rend compréhensible l’idée qu’ils soient inspirés. Bien que n’ayant pas conscience de quelle source ils proviennent, il nous faut admettre cependant l’existence de centre psychiques indépendants, échappant au contrôle de notre conscience, apparaissant et disparaissant selon leurs propres lois[6].

    Dans son livre : Les racines de la conscience, Jung définit ce qu’il appelle le corps intérieur comme réceptacle de la lumière, objet du chapitre suivant, en affirmant que tous ces corps intérieurs ne sont « qu’un seul corps et une seule chose dans tous les hommes ». Ce corps intérieur ne désignerait-il pas sous un autre mot l’inconscient, à la fois collectif car « un » selon lui, et individuel car « cependant divisé et distribué, selon le nombre bien ordonné du corps ».

    [1] C.G. Jung – L’âme et la vie : « De fait l’inconscient recèle des possibilités qui sont inaccessibles au conscient ; car il dispose de tous les contenus psychiques subliminaux, de tout ce qui a été oublié ou négligé, et en outre de la sagesse conférée par l’expérience d’innombrables millénaires, sagesse déposée et confiée à des structures archétypes. […] la découverte de ces images archétypes conduit à distinguer deux couches dans l’inconscient, un inconscient personnel et un inconscient impersonnel ou supra-individuel. Nous désignons ce dernier par inconscient collectif»

    [2] C.G. Jung – L’âme et la vie : Chaque vie individuelle incarne en même temps la vie de l’éternité de l’espèce

    [3] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient

    [4] C.G. Jung – L’âme et la vie : A travers la vie révélée du Christ, s’exprime… la vie secrète et inconsciente de chacun, autrement dit, tout ce qui survient dans la vie du Christ se produit toujours et partout.

    [5] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

    [6] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

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  • L’inconscient individuel

    L’inconscient individuel correspond à l’idée la plus communément répandue que l’on se fait de la psyché en attribuant à celle-ci un caractère mystérieux, non palpable, dans lequel ranger tout ce qui n’est pas démontrable, comme l’idée d’une poubelle dans laquelle refouler tout ce que l’on ne veut pas garder présent à notre conscience. Mais l’inconscient n’est pas seulement un lieu de refoulement ou de stockage d’éléments de la vie personnelle – il peut aussi être source d’inspirations ou d’intuitions pour la conscience – il contient des éléments qui appartiennent au passé de l’individu et qui font partie intégrante de sa personnalité [1]. Jung a défini un inconscient individuel par opposition à un inconscient collectif qui sera examiné au chapitre suivant. Parmi les matériaux inconscients, tout ce qui est attaché à l’individu et qui ne relève pas du subconscient peut être classé dans l’inconscient individuel. Prenons par exemple le refoulement de pensées, de problèmes ou soucis non résolus, la mémorisation d’actes oubliés qui peuvent resurgir plus tard à la faveur d’une sensation comme une odeur, un bruit ou une situation caractéristique. Mais aussi les rêves qui rapportent des personnages, des souvenirs ou des préoccupations personnelles, bien que parallèlement un caractère plus collectif puisse aussi être attribué aux rêves.

    Les expériences de Jung lui ont permis de définir un inconscient personnel de polarité différente entre l’anima de l’homme et l’animus de la femme. Cet inconscient différent imprime une façon différente de penser, d’agir et de réagir. Il qualifie alors de féminin l’inconscient de l’homme et de masculin celui de la femme ; expliquant ainsi que l’homme cherche à conquérir la femme qui correspond le mieux à son inconscient personnel.

    Cette féminité de l’homme explique selon Jung que l’ensemble complexe que l’on nomme âme soit de genre féminin, comme si tout était fait, rapporté et référencé en fonction du genre masculin, par un réflexe tout aussi moyenâgeux que de penser que les femmes n’avaient pas d’âme. Sans en fournir la preuve, Jung pense que dans cet inconscient personnel, loin des sédiments collectifs, peuvent exister des souvenirs individuels hérités constituant finalement cette image de la femme avec laquelle l’homme appréhende l’essence féminine. Par exemple, dans le domaine sexuel, Jung remarque comme une constante la confusion entre Eros et sexualité[2] dont l’homme est souvent victime.

    Par ailleurs, Jung a constaté que l’inclination de la femme à se laisser envahir par des suppositions ou opinions[3], est souvent irritante pour l’homme[4] et peut mener à une incompréhension.  Si l’on avait appris à l’école les fondements de la psychologie, bien des soucis de couple seraient éliminés par une meilleure compréhension des sexes, de la fonction et de la place de chacun dans le couple. On oublie trop souvent que les soucis et ensuite les névroses qui en découlent proviennent souvent d’un désaccord avec soi-même[5].

    Un schéma de Jung illustre assez bien les différentes couches de conscience et d’inconscient. Il a l’avantage de distinguer d’une part la dimension individuelle et collective, et d’autre part les différences liées aux sexes. On y distingue très nettement le moi ou égo comme faisant partie de la conscience, l’inconscient individuel distinct selon le sexe et les archétypes, principes de l’inconscient collectif.

    [1] CG Jung – Dialectique du moi et de l’inconscient – il est impossible d’expliquer par le seul mécanisme du refoulement pourquoi tous ces éléments restent au-dessous du seuil du conscient

    [2] CG Jung – L’âme et la vie – La plupart des hommes sont aveugles au point de vue érotique, parce qu’ils commettent l’impardonnable méprise de confondre l’Eros avec la sexualité. L’homme s’imagine posséder une femme lorsqu’il la possède sexuellement. Or, il n’est pas de moment où il la possède moins. Car, pour la femme la relation érotique seule importe. Le mariage est pour elle une relation à laquelle s’ajoute la sexualité.

    [3] CG Jung – L’âme et la vie – Les suppositions et les opinions inconscientes sont les plus grandes ennemies de la nature féminine, parfois véritable passion démoniaque qui irrite les hommes, les indispose et cause aux femmes le très grand dommage d’étouffer peu à peu le charme de leur propre nature et de les rejeter à l’arrière-plan. Une évolution de ce genre conduit finalement à un profond désaccord avec soi-même, autrement dit à la névrose…/…La vrai raison de leur névrose est qu’elles sont incapables de comprendre la tâche culturelle qui leur revient.

    [4] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient – Les opinions toutes faites de l’animus, donc de la femme, ont quelque chose de suprêmement irritant pour l’homme, surtout à cause de leur manque de fondement… Une discussion, claire en soi, se verra compliquée par l’adjonction de nouveaux points de vue qui, à l’occasion, n’ont rien à faire avec la discussion en cours

    [5] CG Jung – L’âme et la vie – Ce désaccord avec soi-même provoque du mécontentement et comme on n’a nullement conscience de l’état dans lequel on se trouve, on en projette généralement les causes sur son conjoint.

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  • Le subconscient

    La première couche d’inconscient, en ce sens qu’elle échappe à notre conscience, est le subconscient. Contrairement à certaines anciennes idées reçues, malheureusement toujours d’actualité, le subconscient n’est pas cette super conscience qui nous transcende et qui joue un rôle d’arbitre ou de pilote. Ces idées étaient peut-être héritées à l’origine des travaux de Freud qui marquaient le début de l’exploration de l’inconscient, donnant implicitement une place prépondérante à cet inconscient « freudien ». Le préfixe « sub » devrait maintenant suffire à caractériser ce niveau de conscience comme étant « en dessous » ou « au bas » en quelque sorte du reste de la conscience.

    C’est le lieu de la perception sensorielle des stimuli élémentaires du monde qui nous entourent, qui utilise notamment le système nerveux pour amener à notre conscience les informations de base de l’environnement extérieur, remontées par nos organes sensoriels, afin que celle-ci prenne les bonnes décisions d’adaptation et d’action en réaction à ces stimuli. C’est la source de l’ensemble des sensations provenant de notre corps comme la douleur, la faim, la soif ou la libido au sens Freudien du terme – Jung désignant par libido l’ensemble des sensations – et des ordres donnés aux fonctions automatiques que sont la respiration, la digestion ou encore les fonctions assurant une immunité de base aux agressions microbiennes.

    En fait, tout ce qui fait vivre notre corps et qui le maintient en bonne santé. Le subconscient est présent dans toute créature animale sous une forme commune dépendante de l’espèce. Comme le rappelait Jung[1], l’instinct de la fourmi moissonneuse lui dicte de couper, de transporter et stocker les éléments végétaux nécessaires à sa survie. Celui-ci est inné, la fourmi ne l’apprend pas à l’école des fourmis mais le reçoit avant toute activité.

    Ainsi, de multiples formes de subconscience depuis le protozoaire jusqu’à l’homme regroupent les fonctions automatiques communes telles que la digestion, la respiration et la reproduction. Parmi les niveaux inconscients, le subconscient correspond donc à nos fonctions automatiques de base comme la respiration, l’alimentation ou encore l’instinct sexuel, et n’est donc pas apparemment une source de différenciation entre l’homme et l’animal. Au contraire cet aspect est bien à priori le lieu commun entre les hommes et les animaux, qui partagent à l’évidence cette forme de conscience automatique plus ou moins élaborée.

    En tant que lieu de coordination de ces fonctions automatiques, le subconscient est notamment le lieu de production des sensations et par conséquent de ce qu’on identifie comme les pulsions. En reprenant l’illustration précédente de l’amputation du membre, la sensation de présence du membre amputé est une fonction de base autonome qui ne résulte pas d’un choix ou d’une décision de notre part.

    Cette forme de conscience qui produit la sensation est automatique et peut être assimilée au subconscient. Le membre n’étant plus là, cet exemple est une illustration concrète de la différence que l’on doit faire entre le membre disparu, donc le corps, et la conscience du membre qui elle est toujours présente. La vraie question qui se pose à travers cet exemple est de savoir si ce subconscient fait partie de la psyché ou non : est-il lié au cycle de vie du corps ou au cycle de vie de la conscience, séparée du corps comme nous l’avons vu précédemment.


    [1] C.G. Jung : Les racines de la conscience – Pattern of behavior et archetype

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  • Segmentation de la conscience

    Une segmentation des niveaux de l’inconscient a été apportée par les travaux de la psychologie analytique, dont C.G. Jung a développé considérablement les concepts de subconscient et d’inconscient, décomposant ce dernier encore en différents aspects[1]. L’inconscient ne peut être réduit à la simple absence de conscience[2], écrivait-il, et tout ce qui surgit de façon inattendue de ce domaine obscur parait provenir du monde extérieur, et par là être réel, même s’il semble provenir d’une hallucination et semble par suite être faux[3].

    L’hypertrophie actuelle de la conscience est selon lui diabolique, résultant de l’orgueil de l’homme, alors que l’inconscient est naturel par excellence. Il subdivise cet inconscient en « Subconscient » ou première couche en dessous de la conscience, « Inconscient individuel » ou personnel reflet de nos actions conscientes, « Inconscient collectif » ou historique de tout le patrimoine de l’humanité et enfin « Inconscient spirituel » qu’il ne particularise pas spécialement par rapport à l’inconscient collectif, mais qui sera développé plus tard par Victor Frankl.

    Jung introduit la notion de Moi conscient ou encore d’égo, terme voulant dire moi en latin, dont le contour est celui de la conscience de veille, et celui de Soi qui est une vision élargie à toutes les couches de conscient et d’inconscient dans un état de communication parfaite entre elles.

    Le sens de la vie est selon Jung de gagner de la connaissance, donc de la conscience sur la matière première que constitue l’inconscient[4], de se dresser en quelque sorte contre le chaos primordial mais toujours présent dans la matière constituée. On voit ainsi poindre la notion de « grand œuvre » et de « Mère universelle » ou « materia prima » chère aux alchimistes. Le parallèle entre la psychologie et l’alchimie, largement étudié par Jung, sera abordé plus en détail dans la suite de cet ouvrage.

    [1] Wikipédia – Inconscient : « Le subconscient correspond aux processus psychiques non accessibles au sujet conscient et relevant de l’automatisme –– L’inconscient se composerait d’un inconscient personnel, d’un inconscient collectif et d’un inconscient spirituel qui nous préviendrait de dangers et trouverait la solution de certains conflits. Jung donne des exemples de rêves qui auraient une fonction d’avertissement »

    Ou encore « inspirations artistiques, intuitions scientifiques, imaginations, rêveries, rêves, hallucinations, actes manqués, bafouillements, colères, mélancolie, angoisses, névroses, psychoses… sont autant de phénomènes que le psychanalyste attribue à l’influence de l’inconscient ».

    [2] Jung – L’âme et la vie : l’inconscient possède une certaine autonomie créatrice, qui ne pourrait jamais lui être attribuée s’il avait seulement la nature d’une ombre

    [3] Jung – L’âme et la vie : Que quelque chose puisse ne pas provenir de l’extérieur, mais soit pourtant vrai, voilà une vérité qui a jusqu’ici à peine commencé à poindre pour l’humanité contemporaine.

    [4] Jung – L’âme et la vie : C’est là le principe paternel du Logos qui, dans une lutte infinie, s’arrache à la chaleur première et à l’obscurité du sein maternel autrement dit : l’inconscient.

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