spiritualité et quotidien

  • La création de la Femme

    Par ailleurs, comme le prétendent certaines lectures de la kabbale, comme celle de Charles Mopsik, la Genèse serait un récit allégorique du parcours de l’homme jusqu’à son incarnation dans le corps humain, à commencer par le deuxième chapitre qui décrirait la création d’une âme androgyne de l’homme. Cette âme serait ensuite séparée en deux demi-âmes sexuées, en parlant de la création de la femme à partir d’un « côté » de l’homme, et non de la côte.

    Cette séparation serait requise, pour pénétrer le monde de la matière et s’incarner dans un corps animal, symboliquement après la chute. Cette interprétation est séduisante, bien que l’existence d’une âme mère androgyne soit sujette à vérification. En effet, il n’est nulle part question, en dehors de la kabbale, d’un type d’âme qui pourrait être qualifiée de mère, comparée à des demi-âmes filles. Tout au plus, une trace de cette âme mère pourrait-elle être imaginée de manière éphémère dans le récit de la création de l’homme à partir du limon, qui devient alors « âme vivante », avant sa séparation entre homme et femme.

    Charles Mopsik, inspiré par les kabbalistes castillans du moyen âge, affirmait que l’unité humaine mais aussi l’unité avec Dieu sont désignées toutes deux par la « chair une » de la Genèse, car ayant une structure identique, provenant de la réunion de principes masculin et féminin[1]. Cette interprétation très concrète de la kabbale donne un sens au « mariage idéal » des époux et à l’Unité retrouvée qui pourrait correspondre à cette « chair une » comme le suggère cette lecture de la kabbale[2].

    Mais de quelle unité s’agit-il : l’unité avec une épouse ce qui est déjà beaucoup et permet d’être convaincu de trouver en elle l’âme-sœur justement pour reconstituer une âme unique, mais aussi l’unité avec un grand « U » représentant la conscience de la présence de Dieu, du « tout », du monde divin, peut-être l’union spirituelle dont parle saint Augustin, pour participer au monde de l’Esprit.

    C’est pourquoi, selon la lecture de la kabbale de C.Mopsik[3], les époux ayant été gratifiés d’un tel mariage idéal auraient mérité d’avoir des enfants remplis d’intelligence, tous nés pleins d’intelligence et de perfection « puisqu’ils sont nés d’un couple dont l’âme a vu sa plénitude et son unité reconstituées ici-bas ». Dans ce cas, il faut en déduire que la création des demi-âmes sœurs, requises pour s’incarner, se retrouver et se marier « idéalement » dans le monde sensible et intervenue symboliquement avant la chute, était prévue d’avance et que par conséquent la « descente » dans la matière était elle aussi planifiée.

    Cela n’élimine pas pour autant l’idée d’une chute, puisqu’elle était planifiée, mais plutôt celle du caractère accidentel[4] et répréhensible de celle-ci ; et par conséquent du caractère accidentel de la division de l’androgyne en homme et femme[5].

    [1] Charles Mopsik – Le sexe des âmes : Ici, le « un » de la « chair une » est considérée comme l’union de l’homme avec Dieu. Ce que l’on convient d’appeler « union mystique » est tenu comme le secret de l’union charnelle de l’homme et de la femme.

    [2] Charles Mopsik – Le sexe des âmes : L’union mystique, poussée jusqu’à son point le plus extrême, est appréhendée comme une union charnelle avec Dieu… d’une part digne de constituer l’expérience humaine la plus propre à donner un aperçu de l’expérience ultime de l’union avec Dieu, et d’autre part que l’adhésion à la divinité peut être effectivement éprouvée dans la sensibilité… à tel point qu’elle est vécue comme une union charnelle.

    [3] Charles Mopsik – David et Bethsabée.

    [4] C. Mopsik – David et Bethsabée : La division de l’androgyne primitif n’est pas le résultat d’une révolte contre la divinité et elle n’est pas la punition qui la sanctionne.

    [5] C. Mopsik – David et Bethsabée : Ce n’est pas une femme que l’homme épouse, mais sa femme, celle qui est déjà sa moitié depuis le commencement des temps (lisez : dès les six jours de la Genèse, comme dans le Talmud). La question du choix de l’épouse prend une forme plus dramatique quand il s’agit de rien de moins que d’assurer la plénitude et donc le salut de son âme ». « L’homme n’est pas seul ontologiquement, il procède d’un couple, et sa vocation est de reconstituer ce couple ». « Mais son passage en ce monde risque d’être pour lui une rude épreuve de solitude s’il ne s’efforce pas d’agir dans le but de provoquer l’union des aspects masculin et féminin de la réalité divine. »

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  • La création de l’Homme

    Le premier chapitre de la Genèse semble être relatif à la création des espèces, et non celle des corps matériels, comme le pensent également les deux éminents érudits que sont saint Augustin[1] pour la tradition chrétienne et Charles Mopsik[2] pour la tradition juive au travers de la kabbale. Il décrit ainsi la création des espèces végétales, animales et en particulier celle de l‘homme, ce que saint Thomas appelait la « forme substantielle » de l’espèce, unique pour tous les individus de l’espèce, dont on imagine qu’elle recèle déjà en puissance les instincts du végétal, qui font éclore toutes les plantes de la même espèce en même temps, et ceux de l’animal, qui donne aux abeilles la connaissance de la direction du soleil. Ce serait peut-être elle qui recèlera la mémoire collective de l’espèce, donc son inconscient collectif.

    Pour l’homme, comme pour les animaux dont la création est relatée dans ce même chapitre, l’espèce humaine, aurait été créé symboliquement au sixième jour. Saint Augustin affirme très nettement que l’homme créé à l’image de Dieu concerne en fait l’intelligence et la raison de l’homme dit « intérieur » et non son corps[3]. Son premier argument est que seul l’homme, parmi les animaux, se tient non pas debout mais droit. Il fait naturellement allusion à la création de l’homme avant la chute et aux pouvoirs ou puissances potentiels qui lui avaient été conférés[4] au niveau de la « forme ».

    Saint Augustin en veut pour preuve le sens allégorique qu’il attribue à la domination de l’homme sur les animaux, qui désigne selon lui la domination de la raison de l’homme sur les appétits de l’âme, communs avec les animaux[5]. Cette hypothèse semble se confirmer d’autant plus que nous ne sommes pas encore au deuxième chapitre où Dieu forma l’homme du limon de la terre et insuffla son souffle pour qu’il devienne une âme vivante ; moment où d’après Charles Mopsik on parle réellement d’âme et pas encore de corps comme l’expliquera le chapitre suivant.

    Alors à ce stade de la Genèse et dans ce cadre, que peuvent donc vouloir dire ces affirmations que « Dieu les créa mâle et femelle » et comme l’exprime saint Augustin « dans quel sens, charnel ou spirituel, doit être entendue cette bénédiction : Croissez et multipliez-vous, engendrez et remplissez la terre ».

    Par la première question de savoir ce que signifie que Dieu les créa « mâle et femelle » dans cet état bien avant la chute, faut-il comprendre une séparation de la population des corps ou des âmes humaines en deux sexes dès cet instant, comme certaines traductions le suggèrent par « Il créa l’homme et la femme » ; ou bien ce verset suggère-t-il plutôt un certain androgynat de l’homme[6] comme le suggère C.Mopsik, bien que celui-ci attribue cet androgynat à une âme origine de l’Homme alors que nous allons voir que cette caractéristique s’appliquerait plutôt à l’homme en tant qu’esprit et en tant que « forme », comme le laisse supposer le sens donné par saint Augustin à la domination de l’homme sur les animaux.

    [1] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVI) : c’est proprement par son âme que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

    [2] Charles Mopsik – le sexe des âmes : Les versets du deuxième chapitre de la Genèse [à fortiori du premier] … sont relus comme relatant les étapes du voyage de l’âme.

    [3] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVI) : s’il est dit que l’homme a été fait à l’image de Dieu, cela s’entend de l’homme intérieur, où est la raison et l’intelligence, qui assurent à l’homme la domination… ce n’est point à raison du corps que l’homme est dit avoir été créé à l’image de Dieu, mais à raison de cette puissance par laquelle il domine tous les animaux. Car toutes les bêtes ont été misés sous son empire, non à cause de la dignité du corps humain; mais à cause de l’intelligence que nous avons et qu’elles n’ont pas… tous les animaux ont une forme naturellement inclinée vers la terre et ne sont point droits comme celui de l’homme. Cette attitude signifie qu’à son tour notre esprit doit être élevé aux choses d’en haut qui font son objet propre, c’est-à-dire aux choses spirituelles et éternelles

    [4] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XVIII) : Il faut ici leur répondre d’abord qu’ils se trompent considérablement, s’ils ne voient l’homme qu’après son péché, quand il a dû subir la condition mortelle de cette vie, et quand il est déchu de la perfection avec laquelle il fût créé à l’image de Dieu

    [5] S. Augustin – Commentaires sur la Genèse (I-XX) : c’est avec vérité qu’on les entend d’une manière spirituelle, en ce sens que nous devons tenir dans la soumission, et dominer par la tempérance et la modestie tous les appétits et tous les mouvements de l’âme

    [6] Charles Mopsik – le sexe des âmes : Une âme humaine est donc substantiellement masculine et féminine à la fois …/… Il n’est d’âme et par conséquent d’être humain au sens plein, que mâle et femelle en même temps

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  • Du « genre » des âmes

    Platon affirmait que les âmes des êtres humains sont en nombre fini et qu’elles sont sexuées : l’âme d’origine, ou de première naissance étant de principe masculin et l’âme de seconde naissance, issue de la première, de principe féminin. Ce n’est pas sans rappeler la tradition biblique d’Eve ayant été créée à partir de la côte d’Adam, à condition d’appliquer à l’âme les informations du deuxième chapitre de la Genèse. Cette hypothèse appliquée aux âmes signifierait que celles-ci pourraient très bien être genrées.

    C’est ce que pensaient aussi les cabalistes castillans au moyen âge comme l’a bien commenté Charles Mopsik dans ses traductions d’ouvrages de cette époque évoquant la constitution des âmes humaines. Il s’intéressa notamment à Joseph Gikatila et à son interprétation de la Genèse et particulièrement du Zohar, concernant la création des âmes humaines. Dans son ouvrage David et Bethsabée, ce cabaliste reconnu présente la tradition ésotérique juive sur la vraie nature des âmes, au travers de ce qu’il nomme le « mariage idéal ».

    L’âme humaine aurait d’abord été créé androgyne selon lui, donc mâle et femelle, avant d’être séparée en deux demi-âmes spécialement pour l’incarnation dans le monde sensible. Chacune de ces demi-âmes seraient d’un genre différent, prédestinée à s’incarner dans un corps d’homme ou de femme selon son genre. Le mariage idéal serait consommé lorsque deux demi-âmes prédestinées, issues d’une même âme androgyne, se retrouvent et s’unissent dans le monde sensible par le mariage[1].

    Il faut cependant remarquer une différence de langage entre Jung, qui attribue à l’inconscient individuel le genre opposé au sexe physique, en parlant par exemple du caractère féminin de l’anima d’un corps masculin, et C.Mopsik qui lui attribue le même genre, en parlant par exemple de femme féminine pour ce qui est la norme et de femme masculine pour ce qui est de l’exception. Peut-être que Jung a anticipé les conclusions de C.Mopsik sur la séparation d’une unité originelle (comprenant : conscience et inconscient) en deux genres opposés, alors que C.Mopsik n’utilise pas d’adjectif pour caractériser le genre des âmes qu’il caractérise simplement par le sexe du corps.

     « Le premier couple humain est donc le modèle exemplaire de tous les couples assortis » écrit C.Mopsik[2]. Quand Adam fut créé, Eve sa compagne (âmes) le fut simultanément[3]. « Lorsque l’âme de l’homme est produite au sein du plérome divin, l’âme de sa conjointe l’est aussi ». Ou comme dit le cabaliste J.Gikatila : « Quand un mâle est créé, sa partenaire féminine est créée en même temps que lui parce qu’on ne fabrique jamais d’en haut une demi-forme mais seulement une forme entière ». Ceci montrerait si besoin que tout être humain a sa vraie « moitié » originelle qui l’attend. Et aussi que « c’est le pouvoir théurgique des actes vertueux qui … donne à l’homme le mérite de s’accoupler à sa partenaire féminine originelle ».

    [1] J. Gikatila – David et Bethsabée : Et si l’homme qui a été créé met ses affaires en ordre et accomplit les commandements … alors par ce mérite, cet homme est digne de trouver sa partenaire féminine, à savoir la femelle dans laquelle a été jetée l’âme qui était sa partenaire au début de sa création au sein de la forme androgyne… C’est ce que signifie : « Le seigneur bâtit en femme le côté qu’il avait pris à l’homme et il l’amena à l’homme…

    [2] C. Mopsik – « La division de l’androgyne primitif n’est pas le résultat d’une révolte contre la divinité et elle n’est pas la punition qui la sanctionne afin d’affaiblir la puissance des hommes comme dans le récit platonicien ».

    [3] C. Mopsik – « Cette conception de la nature originelle de l’âme comme étant bisexuée, écrit C. Mopsik, va aboutir … à introduire cette notion de bisexualité au sein même de l’individu séparé, comme si, malgré la séparation, il recelait toujours quelques vestiges de la partie détachée. »

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    Définissons d’abord les différents profils d’individus en présence par l’ensemble des combinaisons des deux caractéristiques de base que sont : le sexe du corps, et le genre de l’âme, partant du principe que lorsqu’on connait le genre de l’âme, ou la polarité de la conscience si vous préférez, on connait celui de l’inconscient qui lui est opposé.

    On obtient ainsi quatre profils dont deux d’entre eux peuvent être qualifiés de « normaux » aux yeux du commun des mortels et deux autres sont particuliers : l’homme avec une âme féminine et la femme avec une âme masculine.

    La combinaison entre ces différents profils permet d’identifier six cas génériques de couples numérotés de 0 à 5 :

    Type (0) : Le couple hétérosexuel normal qui peut avoir des enfants, filles ou garçon et dont les âmes peuvent être sœurs car de genres opposés ;

    Type (1) : Le couple hétérosexuel qui peut avoir des enfants, filles ou garçon mais dont les âmes ne peuvent être sœurs car de même genre ;

    Type (2) : Le couple hétérosexuel dans la vie mais qui ne peut avoir d’enfants mâles et les âmes ne peuvent être sœurs ;

    Type (3) : Le couple homosexuel dans la vie mais avec des âmes qui peuvent être sœurs car de genres opposés – mariage idéal qui semble possible ; qui naturellement ne peut avoir d’enfants,

    Types (4) et (5) : Les couples homosexuels femmes ou hommes ayant des âmes de genres identiques ne pouvant avoir d’enfants.

    La combinaison des quatre types d’individus donne 16 cas de couples, que l’on peut classer selon les six types précédents :

    Les cabalistes médiévaux pensaient que ces distorsions entre sexes des corps et genres des âmes étaient le résultat de certaines transgressions, principalement sexuelles, effectuées dans d’autres vies antérieures et étaient une voie de purification et de réparation. Les conséquences de ces « intrications punitives résident essentiellement dans la stérilité[1] et l’inversion sexuelle ou transsexualité ».

    Cette théorie justifie une certaine forme de « mariage » des homosexuels authentiques, incarnations d’âmes de genres opposés. Il est remarquable de constater qu’une telle union a fait l’objet au moyen âge d’un rituel officiel de la religion chrétienne, donc religieux par excellence, appelé « affrèrement » comme l’union de deux frères, et qu’ainsi il ne heurtait pas les sensibilités par amalgame avec le mariage.

    [1] G. Scholem – La mystique juive

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  • L’inconscient spirituel

    Certains ont attribué à Jung la découverte d’un inconscient dit spirituel, supposant par ce qualificatif nouveau qu’il se distinguerait de l’inconscient collectif. Mais c’est en fait Victor Frankl qui approfondit cette notion d’inconscient spirituel et qui démontra surtout qu’il ne faisait pas partie de l’inconscient collectif comme l’avait imaginé Jung, mais en était complètement dissocié[1]. Il attribue notamment à ce « niveau de conscience » les facultés et qualités de l’être humain en matière artistique, esthétique, éthique et religieux qui à l’évidence le distingue de l’animal.

    Il constate l’autonomie de l’existence spirituelle, qu’il rapproche des vertus, liée à la notion de responsabilité caractéristique elle aussi de l’être humain par rapport au règne animal. L’homme est distingué par son individualité, par opposition à l’animal qui est collectif, et ce qui le caractérise est en effet d’être responsable, donc d’avoir à prendre des décisions, alors que l’animal n’agit qu’en fonction d’une conscience collective quasi automatique héritée de l’espèce. L’analyse existentielle de V.Frankl met ainsi à l’honneur le terme « existence » pour désigner ce mode d’être que constitue le fait d’être responsable[2].

    L’inconscient spirituel pour V.Frankl se distingue et s’oppose à l’inconscient pulsionnel, donc au subconscient stigmatisé par Freud. C’est être spécifiquement et essentiellement un être humain que de ne pas être déterminé par ses pulsions, mais au contraire « de décider ce que l’on choisira d’être », en fonction des vertus qui s’opposent fondamentalement aux pulsions. En plus d’être responsable, V.Frankl définit l’homme comme étant individué, représenté par une personne psychosomatique et un être spirituel[3].

    Il distingue ainsi le psychisme – tel qu’il le définit et le qualifie comme factice bien que centre du choix – de cet être spirituel qui anime et nourrit le sens de la responsabilité au travers de l’inconscient spirituel. Ainsi, à l’opposé de l’homme, l’animal réagit selon des schémas rigides fixés une fois pour toutes pour tous les individus de l’espèce.

    En constatant que la raison ne peut à elle seule reconnaitre un certain « devoir d’être » individuel se situant au-delà des lois, il lui oppose l’intuition, notamment celle de la conscience morale[4], faisant partie intégrante de cet inconscient spirituel. Il situe aussi dans ce domaine de conscience l’amour et la religiosité, tous deux amenés et suggérés par une autre forme d’intuition, tous deux protégés par la pudeur, dit-il, au plus profond de nous-même[5].

    Cette pudeur est plus forte que cette autre pudeur bien connue relative à notre condition animale touchant à la nudité et au sexe, en témoigne la grande difficulté à prier en commun entre des époux partageant pourtant la même spiritualité. Cette pudeur liée à la religiosité serait-elle une conséquence d’une honte associée à notre condition humaine, symbolisée par la « chute », et stigmatisée par la condition animale et la perte d’une relation privilégiée avec la création, que d’aucuns appellent le paradis perdu.

    V.Frankl définit cet inconscient spirituel comme la religiosité inconsciente, la relation inconsciente et cachée avec un être spirituel que nous appellerons esprit, lui-même caché. Il insiste sur le fait qu’en aucun cas l’inconscient, qu’il soit spirituel ou pulsionnel, ne doit être confondu avec la divinité. Il évacue ainsi les théories erronées type gnosticisme prétendant que Dieu réside en chaque être humain, émises dit-il par des théologiens amateurs.

    Par voie de conséquence il fustige les théories, qu’il attribue à l’occultisme, prétendant que cet inconscient est omniscient. Pour Frankl, cet inconscient spirituel existe indépendamment, du fait même qu’il est matérialisé par des rêves religieux fait par des individus foncièrement irréligieux.

    [1] Michel De Boucaud – Les courants psychopathologiques et psychiatriques – 1975 : V. Frankl développe à partir de son expérience les modalités de l’inconscient spirituel : l’inconscient esthétique, l’inconscient éthique et l’inconscient religieux.

    [2] V.Frankl – Le Dieu inconscient – L’analyse existentielle

    [3] V.Frankl – Le Dieu inconscient – L’inconscient spirituel : la personne A une structure psychosomatique, tandis qu’elle EST un être spirituel.

    [4] V.Frankl – Le Dieu inconscient – Analyse existentielle de la conscience morale

    [5] V.Frankl – Le Dieu inconscient – Analyse existentielle et interprétation des rêves

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  • Vision de la Lumière de Gloire

    Lorsque j’avais 22 ans, m’étant endormi rapidement et sans soucis, dans ma chambre d’étudiant à Grenoble, j’allais faire une rencontre dont je me souviendrai toute ma vie. Après un rêve au cours duquel j’avais effectué un grand voyage, je repris conscience, dans la continuité de ce rêve, en ayant notamment la sensation de mon corps allongé, comme on le sent lorsqu’on se réveille le matin, non pas dans mon lit à Grenoble, mais dans le lit de mon ancienne chambre d’étudiant de la rue Elie Vignal à Caluire, où j’avais passé la période la plus critique de ma jeunesse sur le plan des interrogations métaphysiques.

    L’essentiel de ce récit a été écrit immédiatement après cet évènement, dont j’avais vite compris l’importance et le caractère exceptionnel. Quand je me remémore la scène, je ne peux m’empêcher de repenser à une époque antérieure de ma vie d’étudiant où j’étais dans un état morose, de détresse spirituelle comme le dirait Carl Gustav Jung, me posant plein de questions sur le pourquoi de mon existence. Un certain jour de cette époque, j’étais assis sur ce même lit et regardais le balcon par la fenêtre. Je voyais d’abord la fenêtre, une grande baie vitrée des années 70 avec ses grandes traverses métalliques, et le balcon qui était derrière.

    Puis je regardais le ciel, car cette baie donnait sur une belle vue de la ville de Lyon. Et je pensais à cet instant que j’étais en quelque sorte prisonnier derrière les barreaux d’une prison que figuraient les traverses métalliques de la fenêtre et qu’au-delà il y avait la splendeur de la création, presque à ma portée, mais inatteignable à cause des barreaux. Cette impression me laissait tellement triste que je décidais aussitôt de dessiner cette vue, ce que je fis très grossièrement sur la première feuille de papier qui me vint sous la main. Je conserve encore ce dessin, au vu de ce qui s’est passé quelques mois plus tard et que je traduis maintenant.

    Après ce rêve qui me transporta dans cette même chambre, au tout début de ma reprise de conscience, je vois un être éthéré, transparent et lumineux, qui arrive de ma gauche et qui me prends par le bras, pour m’emmener vers un coin de ma chambre, proche de la fenêtre, donnant directement sur le balcon. Il tire un paravent de façon que nous ne puissions pas être vus de l’intérieur de la chambre, par des personnes étrangères, bien qu’il n’y eût personne cette nuit-là dans ma chambre.

    Dans ce coin, je sens déjà une présence à l’extérieur et il m’est impossible de faire autrement que de regarder au dehors où je peux voir, le temps d’un éclair, un personnage devant moi et deux autres plus loin derrière en arrière-plan comme flottant dans les airs. Tous ces personnages sont transparents, lumineux, et brillent d’une lumière irréelle. Mais le personnage central de cette rencontre est de loin le plus lumineux, entouré à la différence des autres d’un halo lumineux.

    Une des premières pensées qui me vient à l’esprit pendant ce temps est que ce personnage est un mystique, tel qu’on se le représente généralement avec une grande robe blanche et des cheveux épars et une barbe. Cette vision me fait penser au Christ, bien qu’à cette époque je me méfie des images mentales, qui pourraient être simplement le fruit de mon imagination, et en particulier de celle-ci, considérant l’analogie avec le personnage de Jésus superstar, comédie musicale en vogue à cette époque dans les médias. Mais j’avoue que j’y pense à cet instant et que je n’ose pas imaginer que ce personnage put vraiment être le Christ en personne, pour les raisons que je viens de citer.

    Il se dégage de lui une lumière très intense, presque insupportable, que je n’ai même pas le temps de contempler car un faisceau de lumière extraordinairement intense, d’un diamètre d’environ une vingtaine de centimètres, jaillit de sa poitrine en ma direction, formant ainsi une sorte de pont lumineux entre nous. Le temps d’un éclair, les évènements se précipitent à une allure vertigineuse, que je ne contrôle pas. Mon regard se dirige petit à petit vers celui de ce mystérieux personnage et soudain, confondu de stupeur, emporté par un élan prodigieux que je ne peux contrôler, au moment où nos yeux se rencontrent, ce faisceau lumineux me transperce et m’envahit complètement.

    Je ressens alors comme une décharge électrique d’une formidable intensité qui n’a rien de comparable avec une décharge de 220 volts et qui se transforme bientôt en une secousse de tout mon corps qui se raidit sous le choc et s’arque boute. La réaction ne tarde pas : me voilà en train d’inspirer fortement d’un mouvement réflexe, où plutôt crié-je sans m’en rendre compte. Inutile de dire que cela me fait très très mal ; c’est à mettre parmi les grandes douleurs ressenties au cours de ma vie, qui se comptent sur les doigts de la main : les coliques néphrétiques, l’arrêt de la circulation du sang dans les membres supérieurs pendant mon sommeil, et la plus récente et la plus horrible : la névralgie du bras.

    Une première pensée me vient à l’esprit, j’ai effectivement l’occasion de penser à une vitesse vertigineuse en si peu de temps, est de constater que je suis réveillé, que je ressens parfaitement cette douleur atroce, et que par conséquent j’ai quitté complètement le rêve qui m’a amené jusqu’ici. Cette douleur est là pour me rappeler s’il le fallait que je suis bien conscient. A cet instant, allongé sur mon lit de Caluire, alors que je suis physiquement à Grenoble, je constate que ma conscience est entièrement aspirée dans celle de l’être qui est devant moi et que je commence à considérer comme un maitre sans savoir qui il est, d’où il vient ni ce qu’il me veut.

    Ma conscience n’est plus dans mon corps, je suis littéralement à la place de ce personnage, dans son propre corps, ressentant une sensation de communion profonde comme si nous formions un seul corps et une seule conscience. Je me souviens de cet instant où mon corps est étendu sur le lit dans la chambre. C’est plus qu’une communion, c’est une fusion de ma conscience dans la sienne, pendant laquelle la douleur ressentie lors du choc s’efface car je ne ressens plus l’existence de mon corps.

    Pendant cette communion intense, je pense être le sujet d’une formidable initiation, dont je ne soupçonnais même pas l’existence, mais qui aurait pour but de me demander en contrepartie un engagement important dans ma vie, à la mesure de l’évènement. Un sentiment de lâcheté m’envahit alors que je n’ose pas me promettre d’avoir par la suite un tel comportement vertueux, puis se change progressivement en une détermination de plus en plus forte d’adopter une attitude constructive vis-à-vis de cet engagement.

    Cette communion si délicieuse m’a fait oublier le choc que j’ai ressenti au début, et mon corps est cependant toujours le siège de cette douleur intense, quasiment insupportable, concentrée dans le ventre, à priori au niveau du plexus solaire. J’ai envie de crier, de faire toute chose possible pour sortir de cet état. Cette douleur, qui avait disparu totalement au moment de la fusion de ma conscience dans celle de ce personnage, est toujours aussi présente et intense qu’au début, et se transforme graduellement en peur tout aussi intense alors que je « reviens sur terre ».

    Je cherche maintenant une présence quelconque dans ma chambre de Grenoble, me cache sous les draps par peur justement d’une telle présence. Je n’ose plus rien faire : ni me rendormir, ni garder les yeux ouverts, ni éclairer la lumière. Je réussis finalement à me lever, à éclairer la lumière et à m’asseoir à mon bureau pour écrire ce récit que vous êtes en train de lire, ce qui me permet de retracer avec précision la réalité de cet évènement merveilleux que j’ai vécu cette nuit-là en conscience.

    … etc …

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