Genre des âmes

  • Du « genre » des âmes

    Platon affirmait que les âmes des êtres humains sont en nombre fini et qu’elles sont sexuées : l’âme d’origine, ou de première naissance étant de principe masculin et l’âme de seconde naissance, issue de la première, de principe féminin. Ce n’est pas sans rappeler la tradition biblique d’Eve ayant été créée à partir de la côte d’Adam, à condition d’appliquer à l’âme les informations du deuxième chapitre de la Genèse. Cette hypothèse appliquée aux âmes signifierait que celles-ci pourraient très bien être genrées.

    C’est ce que pensaient aussi les cabalistes castillans au moyen âge comme l’a bien commenté Charles Mopsik dans ses traductions d’ouvrages de cette époque évoquant la constitution des âmes humaines. Il s’intéressa notamment à Joseph Gikatila et à son interprétation de la Genèse et particulièrement du Zohar, concernant la création des âmes humaines. Dans son ouvrage David et Bethsabée, ce cabaliste reconnu présente la tradition ésotérique juive sur la vraie nature des âmes, au travers de ce qu’il nomme le « mariage idéal ».

    L’âme humaine aurait d’abord été créé androgyne selon lui, donc mâle et femelle, avant d’être séparée en deux demi-âmes spécialement pour l’incarnation dans le monde sensible. Chacune de ces demi-âmes seraient d’un genre différent, prédestinée à s’incarner dans un corps d’homme ou de femme selon son genre. Le mariage idéal serait consommé lorsque deux demi-âmes prédestinées, issues d’une même âme androgyne, se retrouvent et s’unissent dans le monde sensible par le mariage[1].

    Il faut cependant remarquer une différence de langage entre Jung, qui attribue à l’inconscient individuel le genre opposé au sexe physique, en parlant par exemple du caractère féminin de l’anima d’un corps masculin, et C.Mopsik qui lui attribue le même genre, en parlant par exemple de femme féminine pour ce qui est la norme et de femme masculine pour ce qui est de l’exception. Peut-être que Jung a anticipé les conclusions de C.Mopsik sur la séparation d’une unité originelle (comprenant : conscience et inconscient) en deux genres opposés, alors que C.Mopsik n’utilise pas d’adjectif pour caractériser le genre des âmes qu’il caractérise simplement par le sexe du corps.

     « Le premier couple humain est donc le modèle exemplaire de tous les couples assortis » écrit C.Mopsik[2]. Quand Adam fut créé, Eve sa compagne (âmes) le fut simultanément[3]. « Lorsque l’âme de l’homme est produite au sein du plérome divin, l’âme de sa conjointe l’est aussi ». Ou comme dit le cabaliste J.Gikatila : « Quand un mâle est créé, sa partenaire féminine est créée en même temps que lui parce qu’on ne fabrique jamais d’en haut une demi-forme mais seulement une forme entière ». Ceci montrerait si besoin que tout être humain a sa vraie « moitié » originelle qui l’attend. Et aussi que « c’est le pouvoir théurgique des actes vertueux qui … donne à l’homme le mérite de s’accoupler à sa partenaire féminine originelle ».

    [1] J. Gikatila – David et Bethsabée : Et si l’homme qui a été créé met ses affaires en ordre et accomplit les commandements … alors par ce mérite, cet homme est digne de trouver sa partenaire féminine, à savoir la femelle dans laquelle a été jetée l’âme qui était sa partenaire au début de sa création au sein de la forme androgyne… C’est ce que signifie : « Le seigneur bâtit en femme le côté qu’il avait pris à l’homme et il l’amena à l’homme…

    [2] C. Mopsik – « La division de l’androgyne primitif n’est pas le résultat d’une révolte contre la divinité et elle n’est pas la punition qui la sanctionne afin d’affaiblir la puissance des hommes comme dans le récit platonicien ».

    [3] C. Mopsik – « Cette conception de la nature originelle de l’âme comme étant bisexuée, écrit C. Mopsik, va aboutir … à introduire cette notion de bisexualité au sein même de l’individu séparé, comme si, malgré la séparation, il recelait toujours quelques vestiges de la partie détachée. »

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    Définissons d’abord les différents profils d’individus en présence par l’ensemble des combinaisons des deux caractéristiques de base que sont : le sexe du corps, et le genre de l’âme, partant du principe que lorsqu’on connait le genre de l’âme, ou la polarité de la conscience si vous préférez, on connait celui de l’inconscient qui lui est opposé.

    On obtient ainsi quatre profils dont deux d’entre eux peuvent être qualifiés de « normaux » aux yeux du commun des mortels et deux autres sont particuliers : l’homme avec une âme féminine et la femme avec une âme masculine.

    La combinaison entre ces différents profils permet d’identifier six cas génériques de couples numérotés de 0 à 5 :

    Type (0) : Le couple hétérosexuel normal qui peut avoir des enfants, filles ou garçon et dont les âmes peuvent être sœurs car de genres opposés ;

    Type (1) : Le couple hétérosexuel qui peut avoir des enfants, filles ou garçon mais dont les âmes ne peuvent être sœurs car de même genre ;

    Type (2) : Le couple hétérosexuel dans la vie mais qui ne peut avoir d’enfants mâles et les âmes ne peuvent être sœurs ;

    Type (3) : Le couple homosexuel dans la vie mais avec des âmes qui peuvent être sœurs car de genres opposés – mariage idéal qui semble possible ; qui naturellement ne peut avoir d’enfants,

    Types (4) et (5) : Les couples homosexuels femmes ou hommes ayant des âmes de genres identiques ne pouvant avoir d’enfants.

    La combinaison des quatre types d’individus donne 16 cas de couples, que l’on peut classer selon les six types précédents :

    Les cabalistes médiévaux pensaient que ces distorsions entre sexes des corps et genres des âmes étaient le résultat de certaines transgressions, principalement sexuelles, effectuées dans d’autres vies antérieures et étaient une voie de purification et de réparation. Les conséquences de ces « intrications punitives résident essentiellement dans la stérilité[1] et l’inversion sexuelle ou transsexualité ».

    Cette théorie justifie une certaine forme de « mariage » des homosexuels authentiques, incarnations d’âmes de genres opposés. Il est remarquable de constater qu’une telle union a fait l’objet au moyen âge d’un rituel officiel de la religion chrétienne, donc religieux par excellence, appelé « affrèrement » comme l’union de deux frères, et qu’ainsi il ne heurtait pas les sensibilités par amalgame avec le mariage.

    [1] G. Scholem – La mystique juive

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