Si l’âme est faite de matière immuable, elle est donc immortelle par construction, pour employer une expression de mathématicien, n’appartenant pas au monde mortel, ou muable. Platon affirmait aussi dans le Timée que l’âme est immortelle, et que la durée moyenne de la vie de l’être humain a été voulue en rapport avec ses chances d’accomplir sa mission terrestre[1]. La formule utilisée par Platon fait référence à deux concepts : la révolution et le flux ou reflux. La révolution des âmes semble faire référence à un changement entre âme et corps, donc dans l’affectation de l’âme au corps. Platon croyait-il déjà à la réincarnation de l’âme, après tout, en parlant de révolution.
La notion de flux quant à elle rappelle la théorie scientifique des microtubules, où la conscience est identifiée à un flux de condensats à travers les neurones. Cette formule conduit donc à imaginer l’âme comme une intelligence collective qui par ses innombrables tentacules d’âmes individuelles se nourrit par un flux perpétuel traversant les corps.
Saint Augustin a consacré spécialement un ouvrage à ce sujet : L’immortalité de l’âme, dans lequel il confirme que lorsque nous raisonnons c’est notre âme qui raisonne. Le raisonnement est une discipline, sorte de logique utilisée pour raisonner[2], logée dans l’âme humaine, immuable comme les disciplines le sont. Le corps dit-il s’oppose à l’âme dans son désir d’avoir des pensées nobles. Il la freine par les pulsions qu’il lui transmet. Il ne l’aime pas, dans le sens qu’il contrarie sa vocation de se consacrer à la raison. Saint Augustin rappelle en cela la même définition que Platon sur le combat entre la raison et les pulsions[3].
Selon saint Augustin, le raisonnement Est par le fait même qu’il est « quelque part »[4] dans ce qui vit, ce qui rappelle étrangement les conclusions de Bergson sur la séparation entre la conscience et le corps. Inversement, l’âme ne « fonctionne » que lorsqu’elle est incarnée dans une vie. En dehors de la vie, cette âme n’a aucune activité, se contentant de conserver la mémoire de ses activités incarnées.
C’est la notion de mémoire de l’âme qui est ici suggérée : c’est-à-dire l’idée selon laquelle nos actions sont gravées dans cette mémoire, comme dans la philosophie bouddhiste du Karma qui enseigne que l’âme est immortelle et que la conscience se déverse à la mort dans ce qu’elle appelle les annales akashiques où toute la mémoire de l’humanité est conservée, ce qui correspond parfaitement à la notion d’inconscient collectif des psychologues analytiques.
Mais cela ne prouve pas forcément la véracité de la réincarnation, ou métempsychose selon les interprétations, bien que celle-ci soit intimement liée à la notion de Karma. La notion d’immortalité de l’âme ne signifie pas non plus réincarnation dans des corps et dans des vies successives, au vu de ce qu’enseigne la doctrine catholique qui nous dit certes que l’âme est immortelle, mais suppose que sa mission est exécutée en une seule vie et qu’elle « attend » en quelque sorte le jugement dernier pour savoir si son comportement a été exemplaire.
[1] Platon – Timée – « … puis de l’âme immortelle, ils enchaînèrent les révolutions dans ce corps en perpétuel flux et reflux. »
[2] Saint Augustin – L’immortalité de l’âme – « Tout ce que sait l’âme, elle l’a en elle et la science n’embrasse rien qui n’appartienne à une discipline. »
[3] Saint Augustin – L’immortalité de l’âme – « Comment le corps pourrait-il donc aimer l’âme dans son effort de saisie intellectuelle ? C’est assez s’il ne l’empêche pas… »
[4] Saint Augustin – « Voilà exprimé le lien entre l’âme et le raisonnement d’une part et l’intelligence et la science de l’humanité d’autre part. »
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