L’inconscient collectif

Après avoir démontré l’indépendance de la conscience et du corps, Bergson s’intéressa aux liens pouvant exister entre l’ensemble des consciences individuelles, attachées aux corps, de l’ensemble des êtres humains. Introduisait-il par cette réflexion l’idée que toutes les consciences individuelles pouvaient être solidaires autour ou au sein d’un même ensemble. Dans ce sens, la psychologie analytique a permis d’identifier un inconscient collectif au sein duquel sont comme archivés des schémas de pensée. C’est Jung qui explora plus spécifiquement cet inconscient collectif qu’il définissait comme des archétypes[1].

L’archétype est lié à la notion d’espèce[2] affirma-t-il, ce qui expliquerait notamment que les animaux ont tous des réflexes propres à leur espèce qui proviennent de l’inconscient collectif de leur espèce : l’oiseau sait voler instinctivement et les protozoaires savent acquérir de la nourriture pour vivre. La conscience hérite selon lui, sous forme d’images virtuelles, de « toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale[3] ». Pour ce qui est de l’homme, un des archétypes très présent à l’esprit est le Christ et il est intéressant de noter les propos de Jung qui tendent à montrer qu’au-delà des aspects historiques de la vie de l’homme Jésus, contestables par un non croyant car sans réelle preuve évidente, au-delà de ses aspects symboliques, dogmatiques et religieux encore plus contestables, le Christ fait indéniablement partie intégrante de l’archétype humain, donc de l’inconscient collectif et par-là de la conscience[4] élargie du Soi.

Cette thèse accréditerait l’hypothèse selon laquelle certaines visions surnaturelles comme celles du Christ seraient issues de quelque chose de vrai – bien qu’elles apparaissent comme un évènement extérieur – auquel ont potentiellement accès de l’intérieur tous les êtres humains de par le fait même qu’ils appartiennent à l’espèce humaine et que le Christ existe bien réellement en tant qu’archétype au sein de l’inconscient collectif de l’espèce. Ceci est dû probablement au fait que le concept ou symbole du Christ a appartenu à notre espèce en tant qu’être humain et que son histoire a fait le tour du monde. Dans le même ordre d’idées, les dieux grecs anciens sont à mettre au même rayon des archétypes, appartenant à l’inconscient collectif et non pas à considérer comme des dieux, voire même des demi-dieux qui viendraient contredire la pensée monothéiste.

Ainsi les rêves sont, comme dit Jung[5], « des portes ouvertes sur la nuit originelle cosmique, où l’être humain était un tout et que le Tout était en lui au sein de la nature indifférenciée et impersonnalisée, qui préformait l’âme bien avant l’existence de la conscience ». Cette nuit originelle correspondrait à cet inconscient collectif, à cette « materia prima » ou peut-être aux eaux de la Genèse. Le caractère étrange et impressionnant de certains rêves rend compréhensible l’idée qu’ils soient inspirés. Bien que n’ayant pas conscience de quelle source ils proviennent, il nous faut admettre cependant l’existence de centre psychiques indépendants, échappant au contrôle de notre conscience, apparaissant et disparaissant selon leurs propres lois[6].

Dans son livre : Les racines de la conscience, Jung définit ce qu’il appelle le corps intérieur comme réceptacle de la lumière, objet du chapitre suivant, en affirmant que tous ces corps intérieurs ne sont « qu’un seul corps et une seule chose dans tous les hommes ». Ce corps intérieur ne désignerait-il pas sous un autre mot l’inconscient, à la fois collectif car « un » selon lui, et individuel car « cependant divisé et distribué, selon le nombre bien ordonné du corps ».

[1] C.G. Jung – L’âme et la vie : « De fait l’inconscient recèle des possibilités qui sont inaccessibles au conscient ; car il dispose de tous les contenus psychiques subliminaux, de tout ce qui a été oublié ou négligé, et en outre de la sagesse conférée par l’expérience d’innombrables millénaires, sagesse déposée et confiée à des structures archétypes. […] la découverte de ces images archétypes conduit à distinguer deux couches dans l’inconscient, un inconscient personnel et un inconscient impersonnel ou supra-individuel. Nous désignons ce dernier par inconscient collectif»

[2] C.G. Jung – L’âme et la vie : Chaque vie individuelle incarne en même temps la vie de l’éternité de l’espèce

[3] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient

[4] C.G. Jung – L’âme et la vie : A travers la vie révélée du Christ, s’exprime… la vie secrète et inconsciente de chacun, autrement dit, tout ce qui survient dans la vie du Christ se produit toujours et partout.

[5] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

[6] C.G. Jung – L’âme et la vie : Le rêve

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