L’inconscient individuel correspond à l’idée la plus communément répandue que l’on se fait de la psyché en attribuant à celle-ci un caractère mystérieux, non palpable, dans lequel ranger tout ce qui n’est pas démontrable, comme l’idée d’une poubelle dans laquelle refouler tout ce que l’on ne veut pas garder présent à notre conscience. Mais l’inconscient n’est pas seulement un lieu de refoulement ou de stockage d’éléments de la vie personnelle – il peut aussi être source d’inspirations ou d’intuitions pour la conscience – il contient des éléments qui appartiennent au passé de l’individu et qui font partie intégrante de sa personnalité [1]. Jung a défini un inconscient individuel par opposition à un inconscient collectif qui sera examiné au chapitre suivant. Parmi les matériaux inconscients, tout ce qui est attaché à l’individu et qui ne relève pas du subconscient peut être classé dans l’inconscient individuel. Prenons par exemple le refoulement de pensées, de problèmes ou soucis non résolus, la mémorisation d’actes oubliés qui peuvent resurgir plus tard à la faveur d’une sensation comme une odeur, un bruit ou une situation caractéristique. Mais aussi les rêves qui rapportent des personnages, des souvenirs ou des préoccupations personnelles, bien que parallèlement un caractère plus collectif puisse aussi être attribué aux rêves.
Les expériences de Jung lui ont permis de définir un inconscient personnel de polarité différente entre l’anima de l’homme et l’animus de la femme. Cet inconscient différent imprime une façon différente de penser, d’agir et de réagir. Il qualifie alors de féminin l’inconscient de l’homme et de masculin celui de la femme ; expliquant ainsi que l’homme cherche à conquérir la femme qui correspond le mieux à son inconscient personnel.
Cette féminité de l’homme explique selon Jung que l’ensemble complexe que l’on nomme âme soit de genre féminin, comme si tout était fait, rapporté et référencé en fonction du genre masculin, par un réflexe tout aussi moyenâgeux que de penser que les femmes n’avaient pas d’âme. Sans en fournir la preuve, Jung pense que dans cet inconscient personnel, loin des sédiments collectifs, peuvent exister des souvenirs individuels hérités constituant finalement cette image de la femme avec laquelle l’homme appréhende l’essence féminine. Par exemple, dans le domaine sexuel, Jung remarque comme une constante la confusion entre Eros et sexualité[2] dont l’homme est souvent victime.
Par ailleurs, Jung a constaté que l’inclination de la femme à se laisser envahir par des suppositions ou opinions[3], est souvent irritante pour l’homme[4] et peut mener à une incompréhension. Si l’on avait appris à l’école les fondements de la psychologie, bien des soucis de couple seraient éliminés par une meilleure compréhension des sexes, de la fonction et de la place de chacun dans le couple. On oublie trop souvent que les soucis et ensuite les névroses qui en découlent proviennent souvent d’un désaccord avec soi-même[5].
Un schéma de Jung illustre assez bien les différentes couches de conscience et d’inconscient. Il a l’avantage de distinguer d’une part la dimension individuelle et collective, et d’autre part les différences liées aux sexes. On y distingue très nettement le moi ou égo comme faisant partie de la conscience, l’inconscient individuel distinct selon le sexe et les archétypes, principes de l’inconscient collectif.

[1] CG Jung – Dialectique du moi et de l’inconscient – il est impossible d’expliquer par le seul mécanisme du refoulement pourquoi tous ces éléments restent au-dessous du seuil du conscient
[2] CG Jung – L’âme et la vie – La plupart des hommes sont aveugles au point de vue érotique, parce qu’ils commettent l’impardonnable méprise de confondre l’Eros avec la sexualité. L’homme s’imagine posséder une femme lorsqu’il la possède sexuellement. Or, il n’est pas de moment où il la possède moins. Car, pour la femme la relation érotique seule importe. Le mariage est pour elle une relation à laquelle s’ajoute la sexualité.
[3] CG Jung – L’âme et la vie – Les suppositions et les opinions inconscientes sont les plus grandes ennemies de la nature féminine, parfois véritable passion démoniaque qui irrite les hommes, les indispose et cause aux femmes le très grand dommage d’étouffer peu à peu le charme de leur propre nature et de les rejeter à l’arrière-plan. Une évolution de ce genre conduit finalement à un profond désaccord avec soi-même, autrement dit à la névrose…/…La vrai raison de leur névrose est qu’elles sont incapables de comprendre la tâche culturelle qui leur revient.
[4] CG Jung – Dialectique du Moi et de l’Inconscient – Les opinions toutes faites de l’animus, donc de la femme, ont quelque chose de suprêmement irritant pour l’homme, surtout à cause de leur manque de fondement… Une discussion, claire en soi, se verra compliquée par l’adjonction de nouveaux points de vue qui, à l’occasion, n’ont rien à faire avec la discussion en cours
[5] CG Jung – L’âme et la vie – Ce désaccord avec soi-même provoque du mécontentement et comme on n’a nullement conscience de l’état dans lequel on se trouve, on en projette généralement les causes sur son conjoint.
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