Vision de la Lumière de Gloire

Lorsque j’avais 22 ans, m’étant endormi rapidement et sans soucis, dans ma chambre d’étudiant à Grenoble, j’allais faire une rencontre dont je me souviendrai toute ma vie. Après un rêve au cours duquel j’avais effectué un grand voyage, je repris conscience, dans la continuité de ce rêve, en ayant notamment la sensation de mon corps allongé, comme on le sent lorsqu’on se réveille le matin, non pas dans mon lit à Grenoble, mais dans le lit de mon ancienne chambre d’étudiant de la rue Elie Vignal à Caluire, où j’avais passé la période la plus critique de ma jeunesse sur le plan des interrogations métaphysiques.

L’essentiel de ce récit a été écrit immédiatement après cet évènement, dont j’avais vite compris l’importance et le caractère exceptionnel. Quand je me remémore la scène, je ne peux m’empêcher de repenser à une époque antérieure de ma vie d’étudiant où j’étais dans un état morose, de détresse spirituelle comme le dirait Carl Gustav Jung, me posant plein de questions sur le pourquoi de mon existence. Un certain jour de cette époque, j’étais assis sur ce même lit et regardais le balcon par la fenêtre. Je voyais d’abord la fenêtre, une grande baie vitrée des années 70 avec ses grandes traverses métalliques, et le balcon qui était derrière.

Puis je regardais le ciel, car cette baie donnait sur une belle vue de la ville de Lyon. Et je pensais à cet instant que j’étais en quelque sorte prisonnier derrière les barreaux d’une prison que figuraient les traverses métalliques de la fenêtre et qu’au-delà il y avait la splendeur de la création, presque à ma portée, mais inatteignable à cause des barreaux. Cette impression me laissait tellement triste que je décidais aussitôt de dessiner cette vue, ce que je fis très grossièrement sur la première feuille de papier qui me vint sous la main. Je conserve encore ce dessin, au vu de ce qui s’est passé quelques mois plus tard et que je traduis maintenant.

Après ce rêve qui me transporta dans cette même chambre, au tout début de ma reprise de conscience, je vois un être éthéré, transparent et lumineux, qui arrive de ma gauche et qui me prends par le bras, pour m’emmener vers un coin de ma chambre, proche de la fenêtre, donnant directement sur le balcon. Il tire un paravent de façon que nous ne puissions pas être vus de l’intérieur de la chambre, par des personnes étrangères, bien qu’il n’y eût personne cette nuit-là dans ma chambre.

Dans ce coin, je sens déjà une présence à l’extérieur et il m’est impossible de faire autrement que de regarder au dehors où je peux voir, le temps d’un éclair, un personnage devant moi et deux autres plus loin derrière en arrière-plan comme flottant dans les airs. Tous ces personnages sont transparents, lumineux, et brillent d’une lumière irréelle. Mais le personnage central de cette rencontre est de loin le plus lumineux, entouré à la différence des autres d’un halo lumineux.

Une des premières pensées qui me vient à l’esprit pendant ce temps est que ce personnage est un mystique, tel qu’on se le représente généralement avec une grande robe blanche et des cheveux épars et une barbe. Cette vision me fait penser au Christ, bien qu’à cette époque je me méfie des images mentales, qui pourraient être simplement le fruit de mon imagination, et en particulier de celle-ci, considérant l’analogie avec le personnage de Jésus superstar, comédie musicale en vogue à cette époque dans les médias. Mais j’avoue que j’y pense à cet instant et que je n’ose pas imaginer que ce personnage put vraiment être le Christ en personne, pour les raisons que je viens de citer.

Il se dégage de lui une lumière très intense, presque insupportable, que je n’ai même pas le temps de contempler car un faisceau de lumière extraordinairement intense, d’un diamètre d’environ une vingtaine de centimètres, jaillit de sa poitrine en ma direction, formant ainsi une sorte de pont lumineux entre nous. Le temps d’un éclair, les évènements se précipitent à une allure vertigineuse, que je ne contrôle pas. Mon regard se dirige petit à petit vers celui de ce mystérieux personnage et soudain, confondu de stupeur, emporté par un élan prodigieux que je ne peux contrôler, au moment où nos yeux se rencontrent, ce faisceau lumineux me transperce et m’envahit complètement.

Je ressens alors comme une décharge électrique d’une formidable intensité qui n’a rien de comparable avec une décharge de 220 volts et qui se transforme bientôt en une secousse de tout mon corps qui se raidit sous le choc et s’arque boute. La réaction ne tarde pas : me voilà en train d’inspirer fortement d’un mouvement réflexe, où plutôt crié-je sans m’en rendre compte. Inutile de dire que cela me fait très très mal ; c’est à mettre parmi les grandes douleurs ressenties au cours de ma vie, qui se comptent sur les doigts de la main : les coliques néphrétiques, l’arrêt de la circulation du sang dans les membres supérieurs pendant mon sommeil, et la plus récente et la plus horrible : la névralgie du bras.

Une première pensée me vient à l’esprit, j’ai effectivement l’occasion de penser à une vitesse vertigineuse en si peu de temps, est de constater que je suis réveillé, que je ressens parfaitement cette douleur atroce, et que par conséquent j’ai quitté complètement le rêve qui m’a amené jusqu’ici. Cette douleur est là pour me rappeler s’il le fallait que je suis bien conscient. A cet instant, allongé sur mon lit de Caluire, alors que je suis physiquement à Grenoble, je constate que ma conscience est entièrement aspirée dans celle de l’être qui est devant moi et que je commence à considérer comme un maitre sans savoir qui il est, d’où il vient ni ce qu’il me veut.

Ma conscience n’est plus dans mon corps, je suis littéralement à la place de ce personnage, dans son propre corps, ressentant une sensation de communion profonde comme si nous formions un seul corps et une seule conscience. Je me souviens de cet instant où mon corps est étendu sur le lit dans la chambre. C’est plus qu’une communion, c’est une fusion de ma conscience dans la sienne, pendant laquelle la douleur ressentie lors du choc s’efface car je ne ressens plus l’existence de mon corps.

Pendant cette communion intense, je pense être le sujet d’une formidable initiation, dont je ne soupçonnais même pas l’existence, mais qui aurait pour but de me demander en contrepartie un engagement important dans ma vie, à la mesure de l’évènement. Un sentiment de lâcheté m’envahit alors que je n’ose pas me promettre d’avoir par la suite un tel comportement vertueux, puis se change progressivement en une détermination de plus en plus forte d’adopter une attitude constructive vis-à-vis de cet engagement.

Cette communion si délicieuse m’a fait oublier le choc que j’ai ressenti au début, et mon corps est cependant toujours le siège de cette douleur intense, quasiment insupportable, concentrée dans le ventre, à priori au niveau du plexus solaire. J’ai envie de crier, de faire toute chose possible pour sortir de cet état. Cette douleur, qui avait disparu totalement au moment de la fusion de ma conscience dans celle de ce personnage, est toujours aussi présente et intense qu’au début, et se transforme graduellement en peur tout aussi intense alors que je « reviens sur terre ».

Je cherche maintenant une présence quelconque dans ma chambre de Grenoble, me cache sous les draps par peur justement d’une telle présence. Je n’ose plus rien faire : ni me rendormir, ni garder les yeux ouverts, ni éclairer la lumière. Je réussis finalement à me lever, à éclairer la lumière et à m’asseoir à mon bureau pour écrire ce récit que vous êtes en train de lire, ce qui me permet de retracer avec précision la réalité de cet évènement merveilleux que j’ai vécu cette nuit-là en conscience.

… etc …


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